samedi 10 décembre 2016

En Marche ! tourne rond



Lors de sa réunion d'équipe, le comité local d'En Marche ! a abordé la question qui sera sans doute au cœur de l'élection présidentielle (c'est à souhaiter) : le travail (merci à Bruno pour la photo !). Clarifier l'offre de formation, changer les méthodes de management, instaurer le CV anonyme pour lutter contre les discriminations à l'embauche, faciliter la mobilité professionnelle, voilà les quelques points débattus. Avec une idée centrale : renouer avec le projet d'un travail qui soit vecteur d'émancipation, tel qu'il a été conçu à partir du XVIIIème siècle, chez les progressistes.

Norbert nous représentera, cet après-midi, pour le grand meeting de campagne d'Emmanuel Macron, à Paris. Yann, Michel, Maxence et Karine seront présents à la première rencontre des comités locaux de l'Aisne, qui se tiendra mercredi soir, près de Soissons. Nous nous retrouverons tous vendredi prochain, à 18h30, au Carillon, pour une présentation par Philippe des propositions économiques d'En Marche !

Il s'agira de montrer qu'Emmanuel Macron n'est pas seulement dans l'analyse, mais dans la proposition concrète et précise, sans rapport avec l'ultra-libéralisme dont l'accuse principalement l'extrême droite. Raphaël a proposé de mettre en place un atelier de lecture autour du livre d'Emmanuel Macron, Révolution.Tous ceux qui partagent nos valeurs, bienveillance, tolérance et progressisme, peuvent bien sûr nous rejoindre.

vendredi 9 décembre 2016

Rock'n' vin chaud






La taverne du village de Noël est habituée à des ambiances douces, où circulent des dames en costumes d'époque et un garde champêtre plus vrai que nature. Un orgue de barbarie nous berce avec des airs anciens, que reprennent certains visiteurs, enhardis par le vin chaud. La soupe au caillou apporte aussi sa chaleur au Magic Mirror. Les glaces ne tremblent qu'aux interventions tonitruantes du conteur picard Jean-Pierre Semblat, dans son numéro de stand-up.

Hier soir, atmosphère toute différente, pour le concert de Gaspard Royant, le gominé impeccable qui décoiffe (vignette 1, bonnet de Noël pour l'occasion). Lunettes noires, costume sombre et cintré, chemise blanche, cravate étroite, jeu de jambes et de mains, voix envoûtante, sueur au visage et une pèche d'enfer (il a grimpé à la fin au chapiteau). C'est du rock 'n' roll dans la pure attitude, tendance crooner, un mélange d'Helvis Presley et de Frank Sinatra.

 La taverne s'est survoltée, presque encanaillée. Roland Lamy, le président de Loisirs et Traditions, qui est pourtant plus Maurice Chevalier que The King, s'est légèrement déhanché, pendant que Raphaël Louviau, le partenaire Bang Bang ! de la soirée, faisait le tour de son monde. Au bar, les messieurs dames se sont endiablés (vignette 2) : c'est l'effet Gaspard et ses lascars.

Gaspard Royant assure aussi le service après chansons. Il quitte la scène, installe son bazar, revient sur le podium, en pousse une dernière et retourne à l'entrée pour les ventes et dédicaces (vignette 3). Il faut suivre ... "Les vinyles pour les jeunes et les CD pour les vieux", avertit-il (vignette 4). En quittant la taverne, le froid nous retombe dessus. La musique s'est tue, mais les odeurs de vin chaud et de maroilles nous poursuivent jusqu'en dehors du village de Noël.

jeudi 8 décembre 2016

Zyva zyva, Peillon !



Celui-là, on ne l'attendait pas, et coucou, le voilà, comme le lapin qui sort du chapeau. Mais qui est le magicien à la baguette ? C'est le mystère de ce candidat mystère, Vincent Peillon. Qu'on ne s'étonne pas trop : c'est un classique en politique, la pochette surprise, le postulant de la dernière heure. Certains stratèges en font toute une stratégie : laisser filer le temps, ne rien laisser paraître, se dévoiler tout à la fin. Peillon, personne n'avait jamais entendu dire qu'il rêvait d'être président de la République, lui non plus peut-être. Mais c'est sans doute une vocation tardive, comme en religion. Pas mal joué d'ailleurs : en surprenant son monde, on devient moins vulnérable qu'en s'exposant très vite. Que du classique, je vous dis.

C'est aussi une vieille ficelle que de ne pas se déclarer directement, de le faire savoir par d'autres. Quand on n'a pas énormément d'atouts pour soi, il faut savoir susciter le désir, le retenir quelques jours pour le faire grossir, avant d'annoncer officiellement qu'on "y va", dans le jargon politique. Zyva zyva, Peillon ! Au fait, Peillon "y va", mais pourquoi ? Et pour quoi ? Et pour qui ? Il va sûrement nous l'expliquer, quand le non candidat devenu presque candidat sera vraiment candidat.

Vincent Peillon a-t-il un projet présidentiel ? Peut-être, mais je n'en ai jamais entendu parler, je n'ai rien lu de lui à ce sujet. Même en tant que député européen, mandat qu'il exerce depuis deux ans, il n'a guère été bavard. Vincent Peillon traduit-il au moins, à gauche, une sensibilité politique, un courant d'idées, quelque chose qu'on pourrait identifier par un nom ? Je ne pense pas, je ne vois pas. C'est bien sûr un homme intelligent, puisqu'il fait de la politique. Il a de nombreux écrits à son actif. Mais il n'est pas représentatif de quoi que ce soit. C'est pourtant un préalable pour concourir dans ce noble scrutin qu'est l'élection présidentielle. Il faut incarner autre chose que soi-même. Peillon, non.

Pour le moment, qui est court, son positionnement est central, entre Valls et Montebourg, et son projet est le rassemblement. A peine malin et pas très original. Peillon veut jouer les tranches de jambon entre deux gros morceaux de pain. On ne vise pas l'Elysée avec ce genre de cuisine. D'autant que les résultats donnent le contraire : Peillon veut rassembler et sa candidature divise encore plus (avec lui, c'est le 11ème candidat à la primaire de la gauche, et ce n'est pas fini).

J'en viens presque à me demander si le but de cette candidature qui tombe du ciel n'est pas celui-là : diviser, gêner, empêcher. C'est, là encore, une rouerie politique bien connue : multiplier LES candidats pour faire perdre UN candidat. Car, en ce domaine, contrairement à la vie ordinaire, plus on est de fous et moins on rit. La candidature Peillon embarrasse qui ? La candidature Valls. Plus les candidats se multiplient, plus le premier de la liste a des difficultés : c'est aussi inéluctable que la chute des corps en physique.

Vincent Peillon, c'est également le bon candidat pour ceux qui ne veulent pas encore choisir de candidat, qui attendent de voir la tournure des événements entre les deux poids lourds, Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Peillon, c'est une voie de garage avant de se décider vraiment, une fois la primaire passée et qu'on va entrer dans le dur de la campagne présidentielle. C'est une option qui ne mange pas de pain. Le soutenir, c'est prendre position sans trop s'engager, pour ne pas faire jurer l'avenir. En politique, il faut savoir se mettre en roue libre, en stand by ; c'est plus prudent, quand les temps sont incertains. Autant ne pas pédaler pour rien ...

Il y a dix ans, Peillon, Montebourg et Hamon étaient copains ; ils avaient fondé ensemble, le NPS, Nouveau Parti Socialiste, rien que ça, une aile gauche propre sur elle, fréquentable, pas gueularde, comme Filoche ou Lienemann. Maintenant, tous les trois sont concurrents dans la course à l'Elysée, et le NPS a disparu. Allez y comprendre quelque chose ... Cette primaire ressemble de plus en plus à un congrès du Parti socialiste, avec ses courants, ses sous-courants et ses sous-marins. Manuel Valls s'en inquiète, et l'on comprend bien pourquoi : les torpilles sont pour lui.

Bon, me direz-vous, Vincent Peillon a le droit de se porter candidat, nous sommes en démocratie et il n'y a rien à redire. Je veux bien, mais à partir de là, si Vincent Peillon est candidat, Ségolène Royal peut être candidate, Christiane Taubira peut être candidate, Martine Aubry peut être candidate, Julien Dray peut être candidat, Anne Hidalgo peut être candidate, Bernard Cazeneuve peut être candidat, Michel Sapin peut être candidat ... J'arrête là, je risque d'en oublier. Si Vincent Peillon est candidat, une bonne vingtaine d'autres, en cherchant bien, sont tout aussi légitimes à se porter candidats. C'est vraiment ça la démocratie ?

Un ultime argument joue en défaveur de Vincent Peillon, devrait le dissuader de déposer sa candidature. C'est peut-être l'argument le plus invalidant : Peillon est prof de philo ! En apparence c'est un avantage, en réalité c'est un boulet. Un prof de philo fait des cours, fait des livres, fait des conférences, fait des articles et c'est déjà beaucoup. Mais il ne fait pas de politique, il ne sait pas ou il fait mal. Non, croyez-moi, un prof de philo, ce n'est pas fait pour ça.


En vignette, l'une des dernières apparitions politiques de Vincent Peillon ministre... à Saint-Quentin, venu soutenir la tête de liste à l'élection municipale, Michel Garand, le 10 mars 2014.

mercredi 7 décembre 2016

La tentation du Bourget



Je reviens sur la déclaration de candidature de Manuel Valls. Elle n'était pas trop mal. Bien sûr, il y a ce slogan long, compliqué, dont on ne se souvient pas. Et puis, au fond, comme un décor, un groupe d'hommes et de femmes un peu figés, qui font figuration, une sorte de chorale muette, seulement applaudissant. Mais la forme du discours était correcte, sans doute longuette (20 minutes). Une déclaration d'amour (à la gauche et à la France) doit être plus courte. Valls en a sous la pédale, comme on dit vulgairement. Il lui faut simplement veiller maintenant à l'accident, et ce ne sera pas facile pour lui.

Dans sa déclaration, il est surtout fort quand il dit ce qu'il ne veut pas, à droite comme à gauche. Mais on ne devient président de la République qu'en disant ce qu'on veut, ce qu'on propose. Je suppose que le temps viendra. Dans sa déclaration, il y a une contradiction majeure, que tous les commentateurs et ses concurrents ont repérée : Valls prétend réconcilier aujourd'hui ce qu'il jugeait il n'y a pas si longtemps irréconciliable. Ce qui lui met une bonne partie des socialistes sur le dos, à commencer par Martine Aubry (ce qui commence donc mal). Enfin, dans sa déclaration, il y a un oubli, un incroyable acte manqué : Valls ne dit jamais qu'il se présente aux primaires de la gauche, il ne prononce pas le mot. C'est un refoulement : il sait que la procédure ne lui est pas favorable, il préférerait se présenter directement à la présidentielle, à la façon de Macron.

Dans sa déclaration, Manuel Valls a été incontestablement lyrique, et même parfois littéraire, presque "hollandais" dans le ton et la gestuelle. Il a répété je ne sais combien de fois le terme de rassemblement, trahissant ainsi une incantation, démentie très vite par les réactions de ses camarades adversaires, qui lui reprochent d'abord de ne pas pouvoir être rassembleur. C'est pourquoi, préventivement, Valls essaie de les rassurer, de montrer qu'il a changé, qu'il n'est plus le même : je crois que s'il y a une profonde erreur dans sa déclaration, c'est celle-là, vouloir être quelqu'un d'autre, une bonne intention qui ne trompera pas.

Le problème actuel de Valls, auquel il échappera peut-être dans les prochaines semaines, c'est la tentation du Bourget, une tentation vieille comme le Parti socialiste, qui commence à Epinay, en 1971, lorsque François Mitterrand, en s'en prenant à l'argent et en prônant "la rupture avec le capitalisme", laisse croire, en toute sincérité, qu'il est Léon Trotski alors qu'il n'est que François Mitterrand. 40 ans plus tard, c'est un autre François, Hollande, qui prononce, dans un même trémolo, que "mon ennemi, c'est la finance". Le discours révolutionnaire a sa grandeur, que je respecte, à condition qu'il soit prononcé par des révolutionnaires. Or, Hollande n'est pas plus Robespierre que Mitterrand n'était Trotski. L'opinion le sait bien, n'est pas dupe, mais elle aime à rêver, elle retient une formule qui fait mouche (en réalité qui fait mal, mais plus tard), elle oublie le reste du discours du Bourget, authentiquement social-démocrate.

Mitterrand, Hollande, Valls, même danger pour eux-mêmes, la tentation du Bourget, jouer à ce qu'on n'est pas, dans un but louable, mais déconseillé en politique : vouloir plaire, en jetant à la foule et à ses partisans ce qu'ils aiment à entendre. Dans sa déclaration de candidature, Valls gauchit un peu son langage, prononce le mot sacré de "travailleurs" (on avait reproché à Jospin en 2002 de ne pas l'invoquer), il veut plaire à ses troupes, à son Parti (qui se prend par la gauche, comme le pensait Mitterrand). Finalement, sa seule faiblesse est là : en cherchant à plaire, il se renie, et ça se voit. Il prend ainsi le risque de profondément déplaire.

On peut penser ce qu'on veut d'Emmanuel Macron, être en désaccord avec ses idées (normal, nous sommes en démocratie). Mais il y a quelque chose qu'on ne peut pas lui reprocher : il ne cherche pas à plaire, il dit ce qu'il a à dire, ce qu'il pense, et chacun ensuite se détermine, adhère ou pas. Macron est totalement étranger à la tentation du Bourget, c'est-à-dire la tentation de la rhétorique, de la séduction, qui finit toujours par la déception et le rejet. La grande force de Macron, c'est qu'il plait sans chercher à plaire. Reste à savoir combien de temps la séduction va durer, et si elle va s'amplifier.

mardi 6 décembre 2016

Le Premier de la classe



J'avais croisé Bernard Cazeneuve le samedi 21 mars 2015, au salon du Livre, à Paris (en vignette). C'était quelques semaines après la tuerie de Charlie hebdo, mais avant les massacres du Bataclan et de Nice. Le ministre de l'Intérieur venait vérifier si ce haut lieu de rencontres des écrivains et artistes était bien sous protection. L'homme se laissait facilement approcher, n'hésitait pas à converser, se prenait au jeu des photos. Aisance, affabilité, courtoisie, voix calme, lent débit, ton ferme : j'en ai gardé un bon ressenti. Tous les socialistes que j'ai rencontrés, par le passé, n'inspiraient pas forcément une telle sympathie.

On a beau être de gauche, on n'en est pas moins homme de pouvoir, avec tous les défauts qui vont avec. Pas Cazeneuve. C'est pourquoi sa nomination me ravit. En politique comme ailleurs, il faut prendre les meilleurs. En politique contrairement à ailleurs, ce n'est pas la règle. Bernard Cazeneuve est le meilleur de l'équipe gouvernementale. Fidèle au président, pas trop politique (ce n'est pas lui qui va se fourvoyer dans l'affrontement des primaires), bien perçu par l'opinion, il a tout pour lui. Ce n'est pas tellement ses qualités personnelles (bien d'autres ministres n'en sont pas dépourvus)  qui en font l'homme de la situation : c'est la situation !

D'abord, nous sommes en guerre, le terrorisme continue de menacer. Dans ce contexte, ce n'est pas d'une ministre de l'Education dont nous avons besoin, mais de celui qui est passé par l'Intérieur. Le premier flic de France devient logiquement le Premier ministre de la France. Ensuite, François Hollande a besoin d'un homme solide, sérieux et populaire pour terminer son mandat, soigner ces cinq derniers mois où il devra réussir sa sortie. Hollande-Cazeneuve,  c'est la tête d'affiche idéale. J'irais jusqu'à penser que ces deux-là, s'ils étaient candidats à l'élection présidentielle, feraient probablement un très bon score. Dommage qu'ils ne se présentent pas !

lundi 5 décembre 2016

Pas d'affrontement Valls-Macron



Manuel Valls s'est donc déclaré, sans surprise, candidat en vue de l'élection présidentielle. De Macron et de lui, l'un des deux n'est-il pas de trop ? Après tout, ils sont semblablement sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux, comme vous voudrez, réformistes, représentants d'une gauche moderne, issus d'un même gouvernement. L'offre politique n'est-elle pas identique ? Non, pour cinq raisons qui les distinguent. Les thèmes de Valls ne sont pas ceux de Macron :

1- L'autorité : Manuel Valls la porte sur son visage et dans son langage. Il n'est pas admirateur de Clémenceau pour rien. En matière de laïcité, il campe sur une position dure, anti-burkini par exemple, alors qu'Emmanuel Macron est favorable à cette liberté vestimentaire, par choix, tradition ou religion.

2- L'identité : Manuel Valls a soutenu le projet de déchéance de nationalité, a défendu le prolongement de l'état d'urgence, Emmanuel Macron s'y est opposé. Le Premier ministre a critiqué l'ampleur de l'ouverture aux migrants de l'Allemagne, alors que Macron s'en est félicité. Si la formule n'avait pas été préemptée, je dirais de Macron qu'il est partisan d'une identité heureuse.

3- La légitimité : Manuel Valls aura beau faire un petit écart à l'égard du bilan gouvernemental, émettre quelques regrets, il en est, en tant que Premier ministre, comptable, et c'est bien la politique de François Hollande qu'il va défendre, avec seulement quelques petites nuances. Emmanuel Macron a choisi une autre voix, plus critique, sans renier ce qui a été fait de bon par la gauche au pouvoir, mais en soutenant un projet différent, renouvelé.

4- L'annonce : le cadre d'une déclaration de candidature est important, révélateur. Manuel Valls parle devant ses partisans, à Evry, dans son fief électoral, de la municipalité dont il a longtemps été maire. Ce choix est celui d'un élu, qui rappelle ce qu'il est et ce qui l'a fait exister en politique, en opposition à Emmanuel Macron, pas élu, se déclarant lors d'une visite d'un centre d'apprentissage à Bobigny. Deux styles, deux hommes !

5- La stratégie : Valls a choisi de passer par le système des primaires, c'est-à-dire les jeux d'appareil, au risque d'y perdre plus que d'y gagner. La synthèse finale, si elle a lieu, ne pourra qu'être superficielle et trompeuse. Le candidat qui en sortira, lui ou un autre, sera nécessairement affaibli par cette confrontation interne, qui attirera moins d'électeurs qu'on croit. Macron a choisi de s'adresser directement aux Français, de les écouter d'abord, de ne polémiquer avec personne, d'attendre la campagne du premier tour pour se confronter avec les autres candidats. C'est une sage stratégie de rassemblement dès maintenant, dont a absolument besoin une gauche éclatée et mal en point.

Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines (le scrutin en lui-même, c'est encore loin) ? Chacun va afficher sa différence, mais il n'y aura pas d'affrontement Valls-Macron. La culture d'Emmanuel Macron est celle de la proposition et du compromis, pas de l'attaque et de la rupture. Jean-Christophe Cambadélis lui demande aujourd'hui de rejoindre la primaire, de "ne pas avoir peur" de cette compétition électoral. Mais si, il y a de quoi en avoir peur ! C'est pourquoi Macron ne participera pas. Non pas parce qu'il manque de courage personnel : ces derniers mois, les choix qu'il a faits ont prouvé tout le contraire. Mais parce que s'engager dans la primaire, c'est alimenter la machine à diviser et à perdre. Macron, lui, veut faire gagner la gauche, en l'élargissant à l'ensemble des progressistes, dont Manuel Valls fait aussi partie.

dimanche 4 décembre 2016

Joie de vivre




Jeudi soir, 86 personnes ont assisté à la projection du documentaire d'Isabelle Debraye, "Et puis nous sortirons revoir les étoiles", consacré à la catastrophe ferroviaire de Vierzy. La famille d'Isabelle était présente (vignette 1). J'avais vu le film à la télévision, en version courte, mais sur grand écran, il n'y a pas photo, c'est le cas de le dire : émotion, image, couleur, message, tout ça est rendu plus dense, plus évident.

Le débat qui a suivi (vignette 2) a laissé place aux souvenirs, aux témoignages, mais aussi à des questions typiquement actuelles, que le film n'aborde pas : les suites judiciaires, l'indemnisation des victimes, le sentiment de culpabilité. Je me suis alors rendu compte que si j'aime ce documentaire, c'est aussi pour cette raison-là : il n'est pas contemporain, il ne parle pas d'argent, de tribunal ou de psychologie, il se concentre sur une question élémentaire mais humainement essentielle : comment faire face au malheur, comment tenir bon, comment continuer à vivre ?

On ne se pose plus trop cette question-là aujourd'hui, parce qu'elle est trop simple pour un monde complexe, qui la refoule sans doute. La réponse que je crois voir dans le film d'Isabelle Debraye est inscrite dans une scène, au bord de la plage, sur une enseigne : "Joie de vivre". Oui, quels que soient nos malheurs, la joie reste là, c'est à nous d'y croire et d'aller la chercher. Joie toute simple de cueillir des cerises, de regarder au loin les phoques de la baie de Somme, de chanter à tue-tête les Neiges du Kilimandjaro de Pascal Danel en jouant aux cartes.

A la fin de la séance, un spectateur a posé la question classique à la réalisatrice : quel est votre prochain projet ? Réponse : une fiction, peut-être. Mais Isabelle nous a aussi fait comprendre qu'elle attendait un heureux événement, que son projet dans les prochains mois était celui-là. Joie de vivre.