samedi 1 octobre 2016

Cette gauche qui voterait à droite



La politique n'est pas un absolu. Ses choix sont relatifs. Personne ne peut prétendre à la vérité totale. Il faut faire des choix. La politique est régie par le principe de préférence, qui repose sur la comparaison et la sélection. Tout individu qui le nie est un lâche ou un hypocrite, un fasciste ou un anarchiste.

Appliquons ce principe de préférence à mon cas. Entre la droite et la gauche, je préfère la gauche. Entre l'extrême droite et l'extrême gauche, je préfère l'extrême gauche. Entre le PS, le PCF et les Verts, je préfère les socialistes. Entre Valls, Macron et Hollande, je préfère Macron. Entre un républicain et un antirépublicain, je préfère le républicain (c'est pourquoi je vote à droite quand celle-ci est opposée à la seule extrême droite). Ce principe de préférence est présent dans l'Histoire : entre Staline et Hitler, aussi horribles soient-ils l'un et l'autre, c'est avec Staline qu'il fallait s'allier, contre Hitler. J'arrête là cette démonstration, je pourrais continuer : le principe de préférence est universelle et inéluctable en politique. Sinon, vous ne faites pas de politique.

J'en viens au sujet du jour. Entre les sept candidats à la primaire de la droite, ai-je ma préférence ? Oui, bien sûr, puisqu'en politique, on a forcément une préférence. La mienne est connue, puisque j'en ai parlé sur ce blog à plusieurs reprises. Elle n'est pas surprenante ni originale, elle découle de mes convictions sociales-démocrates, et je crois que beaucoup de socialistes partagent, en toute cohérence, cette préférence : c'est Alain Juppé. Vais-je pour autant participer à la primaire, aller au bureau de vote de l'Hôtel de Ville à Saint-Quentin et mettre dans l'urne un bulletin Juppé ? NON, surtout pas. C'est tellement évident que j'ai presque des scrupules à y consacrer le billet d'aujourd'hui. Mais je lis et j'entends ici ou là qu'une partie des électeurs de gauche pourraient se déplacer pour cette primaire et voter Juppé !

Soyons clairs : cette démarche serait malhonnête, mensongère et stupide. La primaire de la droite s'adresse aux militants et sympathisants de droite, pas aux militants et sympathisants de gauche. Une déclaration sera signée par chaque votant, attestant de son adhésion aux valeurs et idées de la droite (il en allait de même pour la primaire de la gauche en 2011). Signer alors qu'on n'est pas d'accord, oui, c'est malhonnête.

Ceux qui s'égareraient dans cette basse manœuvre ont cependant un solide motif, prétendent-ils : ils ne veulent pas revoir Sarkozy, ils ne veulent pas avoir à voter pour lui, en cas de duel final avec Le Pen. Moi non plus, je ne veux plus de Sarkozy, ni voter pour lui contre l'extrême droite. Mais je ne m'invite pas pour autant à un scrutin auquel je ne suis pas convié. Surtout, le raisonnement est tordu : si l'on veut que la gauche soit présente au second tour de l'élection présidentielle, il faut soutenir la gauche et pas la droite, et ne pas considérer dès maintenant que la gauche sera battue au premier tour.

La malhonnêteté, c'est de s'inscrire à une consultation à laquelle on n'a pas droit. La stupidité, c'est de privilégier l'incertaine tactique au détriment des solides convictions. Mais il y a encore autre chose chez ces gens de gauche qui auraient l'aberrante intention d'aller voter Juppé à la primaire : au fond d'eux-mêmes, leur geste indéfendable prouve qu'ils ne veulent pas d'Hollande, qu'ils ne veulent peut-être pas que la gauche l'emporte, ni au premier, ni au second tour. Cette gauche qui voterait à droite serait finalement beaucoup plus de droite que de gauche. Leur vote, c'est plutôt un acte manqué, comme dirait Freud.

Mais il y a pire : ces juppéistes de circonstances, Machiavel à la petite semaine, ne veulent pas avoir à choisir entre le républicain Sarkozy et la néo-facho Le Pen. Je leur en veux beaucoup pour cette hésitation, cette abstention-là. Bien sûr, je n'aurais aucun plaisir, si le cas se présentait, à voter Sarko contre Le Pen. Mais ce n'est pas le principe de plaisir, comme dirait encore Freud, qui dicte nos choix politiques : c'est le principe de préférence, c'est le choix de la République contre le rejet de la République. Entre deux candidats, même s'ils ont certaines similitudes, il n'y a jamais égalité absolue. C'est pourquoi il faut toujours comparer et choisir.

vendredi 30 septembre 2016

Les vertus de Bygmalion



Nous sommes sans doute nombreux à avoir regardé hier soir le documentaire très attendu sur l'affaire Bygmalion, diffusé par France 2, dans l'émission Envoyé spécial. La censure dont il a failli être victime a aiguisé notre curiosité. Aucune révélation pourtant, mais une présentation pédagogique de l'affaire. Qui en ressort gagnant ? La politique et la démocratie. Mais oui ! alors qu'on pourrait penser le contraire, supposer que cet étalage discrédite la République, conforte le rejet du système, renforce les extrêmes. Quelles sont donc les vertus de Bygmalion ?

En politique, on n'échappe pas à la vérité. Dans la vie privée, oui, le plus souvent. Je m'intéresse de moins en moins à la politique en militant, mais de plus en plus en philosophe. Et je suis fasciné par sa capacité à dévoiler le dessous des cartes. Il est très difficile de dissimuler quoi que ce soit en politique. Voilà ce que nous dit l'affaire Bygmalion, voilà sa première vertu : faire éclater, au sens fort du terme, la vérité.

La deuxième vertu de cet énorme scandale, c'est qu'il nous rappelle que les hommes sont peu de choses, que les événements les dépassent largement, que le destin est plus fort qu'eux. Voyez les protagonistes de l'affaire : Lavrilleux et Attal sont malheureux, broyés par la machine infernale qu'ils ont aidé à mettre en place. Sarkozy et Copé sont malins, ils ont laissé faire, tourné la tête, n'ont rien vu. Les uns et les autres ne sont pas des hommes libres. Ils sont pris dans l'ivresse du pouvoir et de l'argent, de l'argent qu'il faut pour conquérir ou conserver le pouvoir.

La troisième vertu de Bygmalion, c'est qu'elle prouve qu'il existe en politique une justice immanente. En regardant hier soir le documentaire, je me suis souvenu de ce que j'avais oublié, parce que la défaite l'a effacé : la mise en scène grandiose des nombreux meetings de Nicolas Sarkozy, filmés comme les moments d'une épopée, techniquement parfaits, visuellement magnifiques. Aucun président, aucun candidat dans l'histoire de la Ve République n'a atteint ce degré de maîtrise, cet esthétisme. François Hollande, à côté, c'était un amateur, un bricoleur. Et pourtant, c'est lui qui a gagné ! Grande leçon de démocratie : le peuple a bel et bien le pouvoir, il ne se laisse abuser par aucun artifice, aucun effet d'image. Le grand perdant dans l'affaire Bygmalion, c'est l'argent, qui a prouvé son impuissance face à la souveraineté des citoyens, pas influencés par la plus haute et la plus coûteuse technicité.

La dernière vertu de Bygmalion, c'est de confirmer ce que les observateurs ont depuis longtemps compris : la démocratie moderne, démocratie de masse, fonctionne avec un quatrième pouvoir, celui des médias. Sans les investigations des journalistes, pas d'affaire Bygmalion, mais le bon vieux secret d'Ancien Régime. Si beaucoup de politiques n'aiment pas les journalistes, veulent se les soumettre, c'est parce qu'ils savent qu'ils ont face à eux un pouvoir rival, qui remet en cause le leur. Sans presse vivante, sans journalistes actifs, pas de démocratie (alors que la démocratie peut très bien, par exemple, se passer de professeurs de philosophie !).

Pour tous ceux qui font de la politique et qui aiment la démocratie, le scandale Bygmalion est une cause de réjouissance, pas de désespérance ou de haine. Un dernier mot, sur l'acteur invisible et muet de l'affaire, Nicolas Sarkozy : soit il savait, et sa responsabilité le condamne ; soit il ne savait pas, et son irresponsabilité le condamne aussi. Dans les deux cas, cet homme doit s'estimer heureux d'avoir été pendant cinq ans chef d'Etat, mais il n'a aucune qualité pour le redevenir. L'affaire Bygmalion doit être vertueuse jusqu'au bout.

jeudi 29 septembre 2016

Droite et extrême droite



Que nous apprend la parution du livre de Patrick Buisson ? Rien du tout. Le bouquin est aussi peu intéressant que son auteur : il ne dit rien que nous ne savions déjà. Buisson n'est qu'un médiocre intriguant, comme il en existe un certain nombre en politique. Le pouvoir attire les mouches. Buisson n'est ni intellectuel, ni universitaire : il n'a publié aucun ouvrage remarquable, ne s'est signalé par aucune action digne d'estime.

Qui est-il ? Un plumitif d'extrême droite, qui renifle le pouvoir et l'argent à son bénéfice. Un conseiller ? Non, un profiteur. Dans les milieux politiques, ce genre de types se repèrent très vite : ils sont partout où va leur patron, on se demande ce qu'ils font là, ils n'ont pas de rôle précis, ils font les mystérieux, ils jouent les hommes de l'ombre. En vérité, ce sont des nullités qui ne servent à rien, mais qui laissent croire à leur propre importance. Sarkozy n'avait pas besoin de Buisson pour exister et agir, mais Buisson avait besoin de Sarkozy.

Cette affaire ne juge pas tant Patrick Buisson, cafard de plus dans le bocal, que Nicolas Sarkozy. Quelle faiblesse de caractère faut-il avoir, quel esprit influençable faut-il être pour prendre à ses côtés un personnage aussi sinistre et inutile que ce Buisson ! Un homme politique s'évalue aussi au proche entourage qu'il se donne. Je n'avais pas besoin de ça pour savoir que Sarkozy était mauvais, mais cette obscure présence le confirme. Comme tout individu que le néant habite, il essaie de le combler comme il peut : Buisson, c'était d'enregistrer son maître, croyant ainsi pouvoir exercer sur lui un ascendant que ce pauvre type n'a sur personne. J'ai connu des militants qui prenaient en photo leurs adversaires, pensant de cette façon leur faire peur. Ce sont des procédés de moderne sorcellerie, aussi peu efficace que l'ancienne. Qu'est-ce que la politique peut rendre con, par moment !

La grande idée de ce petit cerveau, c'est d'unir la droite et l'extrême droite. Quelle originalité ! On présente Buisson comme maurrassien, ce qui fait intelligent. Mais qui a lu Maurras et connaît ses idées, à part moi et quelques autres ? Je ne vois pas ce qu'il y a de maurrassien chez lui. Il n'y a que Sarkozy, dépourvu de toute culture, qui peut se laisser impressionner. Le bouquin de Buisson s'appelle "La cause du peuple" : pas intelligent, Buisson, mais très malin, en reprenant le titre d'un organe gauchiste, maoïste, celui de la Gauche prolétarienne, que vendaient Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sur le Boul'Mich', à la grande époque. Toujours la même tambouille des fachos, Buisson ou Le Pen : mêler les extrêmes, assaisonner leur nationalisme avec des slogans révolutionnaires, pour abuser les électeurs et les ignorants.

A l'Elysée, pendant plusieurs années, un président républicain s'est fait conseiller par un crypto-facho : étonnant, non ? Sarkozy n'était pas dupe, évidemment : son objectif à lui, encore aujourd'hui, c'est de séduire l'électorat d'extrême droite avec des thèmes d'extrême droite, parce qu'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. Est-ce que ça marche ? La réponse renvoie à un débat de fond : y a-t-il porosité, continuité entre la droite et l'extrême droite ? François Mitterrand pensait que oui. Il ne croyait guère en une spécificité de l'extrême droite : pour lui, un homme d'extrême droite était quelqu'un de droite qui allait jusqu'au bout de ses idées. Moi même, il y a une trentaine d'années, lorsque je conversais avec certaines personnes de droite, je comprenais vite, sur la nation, l'autorité, l'immigration, que leurs points de vue étaient souvent proches de ceux de l'extrême droite. Quand je leur faisais remarquer et leur demandais pourquoi ils ne votaient pas FN, la réponse était toujours la même : "Le Pen est un aventurier infréquentable, il n'arrivera jamais au pouvoir, le vote en sa faveur est inutile".

Aujourd'hui, depuis que le FN a pris de l'assurance et a gagné en audience, je vois les choses différemment. Entre la droite et l'extrême droite, il n'y a pas seulement une différence de degré, mais de nature, qui les rend incompatibles. Mitterrand avait tort, en définitive. On l'a bien vu, lundi soir, au conseil municipal de Saint-Quentin. Le maire Frédérique Macarez n'est pas favorable à l'accueil de migrants dans sa ville, mais devant le vœu du FN demandant une "commune sans migrants", elle ne va pas du tout dans leur sens, les remet en place, dénonce la proposition "détestable" et surtout souligne que le propos est intolérable dans "une enceinte républicaine". Là voilà, la digue qui sépare à jamais, du moins faut-il l'espérer, la droite et l'extrême droite : c'est la République. Et il faudra sans cesse y revenir, le redire : le Front national n'est ni de près ni de loin un parti républicain. Autrefois, c'était le gaullisme qui distinguait droite et extrême droite ; aujourd'hui, c'est la République. Patrick Buisson a beau faire tous ses efforts, ils resteront vains.

mercredi 28 septembre 2016

Nous sortirons revoir les étoiles



Le documentaire d'Isabelle Debraye, "Et puis nous sortirons revoir les étoiles ...", est une belle réussite. Nous avons eu le plaisir de sa diffusion lundi soir, sur France 3 Picardie. La réalisatrice de 36 ans, qui a été formée au BTS audio-visuel du lycée Henri-Martin, s'est intéressée à la catastrophe ferroviaire de Vierzy, dans l'Aisne, en juin 1972. Son père faisait partie des rescapés, le tout dernier à être sauvé, qu'elle a donc interrogé.

Le documentaire est un genre ingrat. La fiction au cinéma est plus aisée. Et puis, prendre comme sujet un accident de train est moins facile à traiter que par exemple un crime, qui se prête mieux au récit. Eh bien, pendant 52 minutes, on ne s'ennuie pas une seconde, on se laisse prendre par les images et les commentaires, on s'émeut et on réfléchit.

J'ai d'abord été personnellement interpellé : Vierzy, sa tragédie, je n'avais jamais entendu parler, même le nom ! Bien sûr, c'est ancien et je ne suis pas natif de la région. Mais en 1972, j'avais 12 ans, l'événement aurait pu venir jusqu'à moi par les médias. Je me souviens bien de l'incendie du dancing le 5-7, en 1970, qui avait fait 146 morts ! Pourquoi pas Vierzy et ses 108 disparus, ses 240 blessés, dont 111 graves ? La mémoire est injuste, l'Histoire est sélective. Pourtant, deux trains qui s'encastrent sous un tunnel, c'est aussi horriblement spectaculaire qu'une boîte de nuit qui flambe. Mystère ...

Ce documentaire est d'une grande sensibilité, celle d'une fille à la recherche de son père, qui ne se sont cependant jamais quittés. Mais c'est un lointain passé qu'il lui faut retrouver. Dans le domicile des parents, un calendrier des Postes au mur s'est arrêté à l'année 1972. Isabelle Debraye longe les rails jusqu'à l'entrée du tunnel, parcourt la campagne environnante. On voit surtout d'elle sa magnifique chevelure blonde, dont elle fait un signe de reconnaissance. Emotion pure et simple, quand elle prononce ses mots : "mon papa".

Et quel papa ! Effacé, presque gêné d'être là, devant la caméra de sa fille. Cet homme qui a failli mourir, qui a perdu ses jambes à 22 ans, qui a tout de même fondé une famille ne se présente ni en "victime", ni en "héros", c'est-à-dire tout le contraire de nos contemporains ! Son drame, Bernard Debraye n'en parlait pas. Ce train, il ne devait pas normalement le prendre : c'était une surprise, pour être présent le jour de la fête des pères ...

Le malheur a beau frapper, il n'aura pas prise, c'est aussi ce qui ressort du documentaire. Il y a la solidarité qui s'organise, qui sauve des vies. Elle mobilise les secouristes, les infirmiers, les gendarmes, les riverains, des forains et même des "blousons noirs" (c'est ainsi qu'on appelait à l'époque, au journal télévisé, les voyous).

Enfin, il y a ce beau titre, que je prends plaisir à redire : "Et puis nous sortirons revoir les étoiles ..." Cette nuit-là, le ciel était splendide, alors que la souffrance meurtrissait Vierzy. Pour garder espoir, les secouristes levaient les yeux, pour se raccrocher aux étoiles. Il faut bien se raccrocher à quelque chose ... Isabelle Debraye a repris le dernier vers de "L'Enfer", de Dante. Oui, un magnifique documentaire, qui, mine de rien, inspire des réflexions métaphysiques.

mardi 27 septembre 2016

L'heure de vérité



En politique comme dans la vie, il y a toujours une heure de vérité. Mais on ne sait pas trop à quel moment elle va sonner. Surtout dans la vie. Peut-être à l'instant de mourir ... En politique, c'est différent. Je me souviens, il y a longtemps, d'une bonne émission télévisée, qui s'appelait "L'Heure de vérité". Un politique politique était soumis à un feu de questions, qui étaient censées faire la vérité sur le personnage invité.

C'était une émission intéressante, mais pas très convaincante. Car la véritable heure de vérité, pour un homme politique, c'est la confrontation avec l'adversaire. L'échange avec les journalistes est bien sûr nécessaire, mais il n'est pas complètement probant : journalistes et politiques ne boxent pas dans la même catégorie, il y a inégalité de départ entre eux. Pour qu'une force politique se révèle, il faut l'affronter à une autre force politique.

Quelles sont les qualités indispensables en politique ? Avoir des convictions et avoir des capacités. Si vous n'avez que des convictions, de belles et justes idées, mais aucun talent personnel pour les mettre en œuvre, vous n'êtes pas un bon. Si vous avez de nombreux talents, mais une absence de projet, de convictions, vous n'êtes pas non plus un bon. Convictions et qualités, il faut les deux.

Mais qu'est-ce qui permet de prouver que vous les avez ? Non pas un discours devant ses propres partisans, qui vous trouveront toujours très bons, même si vous êtes très mauvais. Quand on est entre soi, on peut toujours faire illusion. En revanche, face à l'adversaire, quand il faut répondre à des coups portés sans ménagement, il n'y a plus de mensonge possible : c'est l'heure de vérité. Tant que le boxeur est devant son miroir à s'entraîner, il ne sait rien de ses vraies capacités. C'est sur le ring, en pleine lumière, confronté à l'adversaire, qu'il sait vraiment ce qu'il est et ce qu'il vaut.

Cette nuit, aux Etats-Unis, sauf surprise dans les jours qui viennent, nous avons appris qui serait le prochain président : Hillary Clinton. Pourtant, cette femme a bien des défauts, fait montre parfois d'une certaine fragilité, n'est pas toujours très bonne communicante, laisse apparaître à certains moments une forme d'arrogance. Tout ça n'est évidemment pas très payant électoralement. Mais hier soir, devant Donald Trump, elle a été magistrale, elle a totalement dominé le débat, elle a prouvé qu'elle seule était digne de devenir le prochain président des Etats-Unis. Hier soir, elle avait tout pour elle : la compétence, l'expérience, la répartie, la distance et même une forme de légèreté de bon aloi quand il le fallait.

Donald Trump ? Il porte bien son prénom ! Un lourdaud, un démago, un dingo. Quand il est seul, devant ses partisans, il porte beau, fait de l'effet, amuse la galerie, impressionne les gogos. Là, et seulement là, il engrange des voix, monte dans les sondages et fait des rêves de Maison Blanche. Mais quand on le met en face d'Hillary, il n'y a pas photo : le candidat qui a du poids n'est plus celui qu'on croit. A des questions importantes qu'on lui pose, y compris personnelles, il ne sait pas répondre, il n'est pas, au sens étymologique du terme, responsable. L'heure de vérité en politique n'est pas dans le soliloque, mais dans le face-à-face.

Hier soir aussi, un autre face-à-face s'est produit, moins solennel, pas aussi symétrique et depuis longtemps répété : lors de la séance du conseil municipal à Saint-Quentin. Là, de même, les masques tombent, les convictions et les qualités, leurs limites ou leur absence, s'étalent aux yeux de tous, parfois cruellement. S'il n'y avait pas ces rencontres, on ne saurait rien de ce que valent les uns et les autres. La démocratie est pleine de surprises : la grande gueule en privé peut s'avérer piètre orateur en public ; la silhouette discrète peut se révéler d'une audace inattendue quand il faut se défendre ou attaquer.

Voilà l'heure de vérité, qu'un homme politique peut retarder, mais à laquelle il ne peut pas échapper, dès qu'il met les pieds dans l'arène. Plus j'y pense et plus je me dis qu'en politique, il n'y a pas les méchants et les gentils, comme le voudrait la légende, de gauche comme de droite ; non, il y a les bons et les mauvais. Et c'est à l'heure de vérité qu'on le sait.

lundi 26 septembre 2016

En tant que socialiste ...



Quand on est électeur et militant socialiste, a-t-on le droit de vouloir une opposition socialiste beaucoup plus socialiste ? Oui, je le crois. Je pense même que c'est un devoir. C'est en tout cas la réflexion qui m'est venue à l'esprit, en assistant ce soir au conseil municipal, le premier de l'année scolaire, la rentrée politique à Saint-Quentin, en quelque sorte. Mais que de déceptions, du côté qui est le mien !

En tant que socialiste, j'aurais aimé que l'opposition socialiste explique et prenne la défense d'une des plus grandes lois du quinquennat de François Hollande, la loi NOTRe, qui poursuit cette décentralisation qui est un objectif si cher aux socialistes. Au lieu de cela, nous avons eu une querelle technique incompréhensible entre mutualisation selon les uns et démutualisation selon les autres (des pouvoirs de la Ville et de l'Agglomération). J'aurais aimé que l'opposition socialiste réponde à l'accusation de l'élu communiste, qui prétend que la loi NOTRe transforme les Municipalités en "coquille vide", réduit la fonction des maires à "couper des rubans et déposer des fleurs". Oui, j'aurais aimé qu'un élu socialiste se lève pour dénoncer ces contre-vérités.

En tant que socialiste, j'aurais aimé que l'opposition socialiste réagisse au rapport 2010-2015 de la Chambre régionale des comptes sur l'état de notre ville, au lieu de laisser ce soin au PCF et au FN. Il y avait pourtant de quoi dire, donner son avis, tracer des perspectives.

En tant que socialiste, j'aurais aimé qu'un élu de ce Parti n'en rajoute pas dans la phobie sécuritaire, en interrogeant le maire sur la "sécurisation" (sic) de la prochaine Fête des voisins. Comme s'il n'était pas évident que les services municipaux allaient faire au mieux en la matière, sans qu'on ait besoin de leur demander ! Ce qui ne manquait pas de sel, c'est que la réaction est venue d'un élu de droite qui a au contraire déploré que "les mesures de sécurité empoisonnent la vie de nos concitoyens" (à propos de la récente braderie).

En tant que socialiste, j'aurais aimé que l'opposition socialiste s'indigne des propos de l'élue FN, qui a violemment attaqué un "réseau socialiste" ( de médiateurs sociaux), "complaisant avec les délinquants". Comment des conseillers municipaux socialistes peuvent-ils se laisser ainsi insulter ? J'avoue que c'est incompréhensible et stupéfiant ...

Mais j'ai gardé le pire pour la fin. En ce jour où François Hollande s'est rendu à Calais, où le gouvernement a mis en place un plan de répartition des migrants sur tout le territoire, il est du devoir de tout responsable socialiste non seulement de faire la pédagogie de cette politique, mais de se montrer offensif et d'avancer des propositions. Je m'attendais vraiment à ce que, en fin de conseil municipal, dans les questions orales, le sujet d'un centre d'accueil de migrants à Saint-Quentin soit évoqué, en prenant exemple sur ce que fait le député-maire socialiste de Bohain, Jean-Louis Bricout.

Nous avons eu droit à un vœu, oui, mais pas celui du PS : celui de l'extrême droite, pour demander une "commune sans migrants" ! Le maire, Frédérique Macarez, a réagi avec la dignité requise : exploiter la détresse de pauvres gens, c'est une proposition détestable dans une instance républicaine. Elle a été fort applaudie. En tant que socialiste, j'aurais tellement aimé que ce soit des socialistes qui interviennent, parce que ce combat est notre combat.

En tant que socialiste, il est difficile de vivre dans cette ville où l'opposition socialiste est si peu socialiste et si peu opposante. C'est un regret permanent, une ascèse, presque un chemin de croix.

dimanche 25 septembre 2016

100 000 Macron



Encore un week-end où Emmanuel Macron parle et fait parler ! Au "Sommet des réformistes européens", à Lyon, il a dévoilé son projet pour l'Europe : redéfinir la souveraineté européenne (au lieu d'en rester à une impossible addition de nations), consulter les citoyens pour connaître leurs attentes (au lieu de référendums qui prennent les gens pour des ânes, hi-han, oui-non), rédiger quelques orientations politiques simples (au lieu d'un pensum technique qui dissout l'Europe dans la gestion d'elle-même).

Ceux qui font la meilleure promotion de Macron, ce sont encore ses adversaires, concurrents ou rivaux : en faisant pression pour que certaines personnalités se décommandent au dernier moment, ils auront prouvé que l'ex-ministre est un homme pour eux dangereux, par sa simple parole. Bel et involontaire hommage rendu à son importance et à son influence, si grandes qu'il ne faudrait pas donner l'impression de le soutenir, en venant s'asseoir à côté de lui ou l'applaudir ... Macron s'en moque, il suit son chemin.

Hier soir, dans un long entretien sur BFMTV, il avait une incroyable patate, un charisme rafraichissant qui font du bien en ces temps de déprime nationale. Les appareils politiques en prennent pour leur grade, j'applaudis, tellement ce qu'il dit correspond à ce que j'ai vécu, à mon petit niveau. On prête à Macron ce mot, juste et drôle : "Les deux grands partis, c'est l'amicale des boulistes, mais sans l'amitié et sans les boules". En attendant, c'est lui qui leur fout les boules !

Je ne sais pas où il va, mais il y va ! Il serait question d'une candidature à la présidentielle entre le 15 novembre et le 15 décembre, et une participation aux législatives dans toutes les circonscriptions. Je sens qu'il va me falloir bientôt choisir entre Macron et Hollande, la fidélité à des idées qui sont les miennes ou la fidélité à un homme pour qui j'ai voté. On connaît pire situation dans la vie politique.

Les soutiens se multiplient. Le dernier en date, le plus spectaculaire, c'est celui de Daniel Cohn-Bendit, mon Dany ! Une campagne Macron-Cohn-Bendit, le social-libéral et le libéral-libertaire, j'en rêve : quel duo de choc ! De quoi dynamiser et dynamiter l'élection présidentielle, pour ne pas avoir à subir cette horreur, un second tour Le Pen-Sarkozy, la facho contre le Gaulois. L'ex-Axonais Renaud Dutreil a lancé un site "La droite avec Macron". Dans le département, le député socialiste Jean-Louis Bricout est "indécis", mais dit tout le bien qu'il pense d'Emmanuel Macron. On sent qu'il suffirait de peu pour qu'il bascule. Au sud, c'est Jacques Krabal, ex-PS et radical de gauche, qui ne cache pas être séduit. Allez, ils y viennent, petit à petit. Il faut simplement respecter le temps de cuisson ...

L'essentiel est peut-être ailleurs : dans la constitution du mouvement "En Marche !" Le socle est posé, il faut maintenant élargir sa base et se constituer dans les localités. Sur son site internet, un chiffre apparaît, 81 417 ce dimanche matin : le nombre d'adhérents à l'heure présente, et une ligne bleue qui se dirige vers un autre chiffre, 100 000, le nombre d'adhésions visées. Rendez-vous dès maintenant sur ce site, cliquez, faites avancer à votre tour la ligne !