lundi 3 août 2015

Pas très catholique



Une grotte en pleine ville, une petite sainte Vierge et trois angelots plus gros qu'elle : où peut-on s'adonner à cet étrange culte ?

dimanche 2 août 2015

J'étais en train de préparer une corde



Les aveux de Jérôme Lavrilleux à L'Obs de cette semaine, qui donnent le titre à ce billet, sont violents, spectaculaires : dans l'affaire Bygmalion, l'ancien adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy a songé se donner la mort. C'est le texto d'un journaliste qui l'en a dissuadé. La politique autorise beaucoup de choses, transgresse bien des règles, mais la mort est un tabou qu'on ne franchit pas, tellement il semble grave.

Autrefois, c'était différent : sous l'Antiquité, par exemple, on tuait et on se tuait pour le pouvoir, faute de l'avoir ou parce qu'on le perdait. La démocratie a permis des mœurs beaucoup plus pacifiques. C'est pourquoi, lorsque nous entendons parler de suicide, ou de tentative de suicide, notre conscience est heurtée, on se dit que la politique est une bien vilaine activité pour pousser ainsi un homme à bout, jusqu'à penser sacrifier sa propre vie.

Les cyniques soupçonneront une mise en scène, une exagération, une stratégie de victimisation. Déjà, son émotion à la télévision, au début de l'affaire, avait suscité le soupçon chez certains. Mais qu'est-ce que Lavrilleux aurait à y gagner de faire un cinéma ? N'étant pas parmi les cyniques, je ne partage pas cette réaction-là. Et puis, les larmes, la corde, personne ne peut feindre ces choses.

A vrai dire, personne ne sait les souffrances de Jérôme Lavrilleux, parce qu'un homme ne peut jamais entrer vraiment dans les souffrances d'un autre. La compassion est une mission impossible. Je peux imaginer l'honneur bafoué, la réputation ternie, l'isolement, l'incompréhension des autres et la menace de la justice. Mais la douleur de fond, qui peut conduire au geste irréparable, nul ne la connaît.

Qu'a fait Jérôme Lavrilleux ? Il a commis, avec d'autres, des irrégularités financières, sur lesquelles la justice doit encore se prononcer. Se suicider pour ça serait terrible. D'autres font incomparablement pire et s'accrochent à la vie. En politique, les suicides sont assez rares, parce que ses protagonistes sont avertis de ce qui les attend, de la dureté et même de la cruauté de cet univers, auxquelles il est bien difficile de ne pas participer à son tour, une fois qu'on s'y est engagé. Salengro, Bérégovoy, il y a quelques exemples célèbres, mais assez peu, parce que l'homme politique a le cuir épais. Mitterrand aurait, parait-il, été tenté, après la sale affaire de l'Observatoire (un faux attentat chargé de le discréditer, à la fin des années 50). A chaque fois, ce n'est pas la gravité des faits qui pousse ou fait penser au suicide : c'est toujours une image injustement dégradée.

Pour Jérôme Lavrilleux, je vois aussi une autre explication : ce n'était pas vraiment un homme politique, il ne se présentait pas d'abord comme un élu, mais comme un conseiller du prince, un directeur de cabinet, un organisateur de campagne, très doué, très dévoué, très efficace. On peut s'égarer à suivre scrupuleusement ces vertus, quand on les met au service d'autrui moins scrupuleux. Au fond, Lavrilleux a toujours été plus un administratif qu'un politique. Au Conseil général de l'Aisne, il n'a pas vraiment tenu un rôle de leader. Cet homme est sans doute plus naïf, plus fragile que sa haute responsabilité auprès d'un chef d'Etat en campagne le laisse supposer. Et puis, il y a sûrement un vertige des sommets qui vous entraîne, auquel on a du mal à résister.

Aujourd'hui, Jérôme Lavrilleux est lâché de tous, sauf sans doute de quelques proches, quelques fidèles. C'est la terrible loi de la politique : quand vous ne servez plus à rien, on vous jette comme une vieille chaussette ; quand vous ne faites plus peur ni envie, on vous fuit comme un pestiféré. Lâches, lâcheurs : oui, c'est le revers, pas beau du tout, de la politique. Mais tout ça n'a strictement aucun importance, parce que l'essentiel, c'est de vivre, et que la vie est toujours mille fois supérieure à la politique. Ce serait faire trop d'honneur à celle-ci que de mourir à cause d'elle ... Et puis, la vie est pleine de surprises, n'a jamais dit son dernier mot. Mitterrand, après l'Observatoire, était fini, ridiculisé, sali à jamais. Très vite, il s'est relevé. La vie est plus forte que tout, plus forte que le mensonge, plus forte même que la vérité.

Poupées saint-quentinoises



Non, ce ne sont pas des enfants qui s'amusent ou des adultes qui pratiquent la sorcellerie. Ces deux poupées ont été vues hier après-midi, dans le centre ville de Saint-Quentin. Normalement, leur place est dans un magasin de jouets ... Que faisaient-elles là ? A quoi servaient-elles ?

samedi 1 août 2015

Un moment d'hystérie collective



C'était il y a une bonne semaine, dans un parc, à Reims. Il faisait beau, beaucoup de soleil, les gens bronzaient sur les pelouses, des jeunes filles en maillot de bain. L'une d'entre elles a été interpellée par un petit groupe, de façon agressive : une "embrouille" entre filles, comme disent les jeunes. Un incident désagréable, mais assez banal, mineur, avec cependant suffisamment de violence pour en rendre compte devant la justice. Le fait divers aurait pu, aurait dû rester un fait divers, si notre société n'était pas malade d'elle-même, de sa xénophobie ancienne, actuelle, latente, refoulée, qui ne demande qu'une occasion pour se laisser aller, pour éclater. L'occasion toute trouvée, c'était il y a une semaine, dans un parc de Reims, sous un beau soleil, une altercation dont le motif demeure inconnu, comme c'est souvent le cas dans ce genre d'incident, où un regard, une remarque suffisent à mettre le feu.

L'internet a grossi, déformé et répandu l'affaire, la grenouille se transformant en boeuf, avant de faire plouf, quelques jours après. En attendant, le mal était fait. Mais le racisme est là pour ça : faire du mal, faire mal. Cette "Toile" grouille de petites araignées, via les blogs, les sites, les réseaux de toute sorte. Ce n'est pas beau à voir ni à lire. Réseau social ? Non, réseau asocial, où le narcissisme, les phobies, les petites saloperies individuelles se démultiplient à la puissance 100, à la puissance 1 000, et beaucoup plus. C'est le royaume du mensonge, de la manipulation, des coups bas et des désirs en dessous de la ceinture.

Dans l'agression de Reims, tout était faux, inventé, exagéré. La sale histoire nous racontait que la jeune fille en maillot de bain avait été violentée à cause de sa tenue légère, par d'autres jeunes filles évidemment musulmanes. Les racistes avaient la trique : pensez donc, la charia en plein cœur de Reims, la ville du sacre des rois de France transformée en base arrière de Daesh, avec la complicité de quelques voyoutes de banlieue. Des terroristes femelles allaient bientôt obliger nos femmes à porter le maudit voile, de la tête aux pieds. Pour le xénophobe, c'est l'orgasme ! Il imagine dans sa pauvre tête ses misérables cauchemars, qui vont lui faire peur et le faire jouir.

Si les jeunes musulmanes de France devaient s'en prendre à quiconque montre son cul dans la rue, en vrai ou en photo, ce sont des milliers d'attentats à l'impudeur qui auraient lieu chaque jour dans notre pays ! Mais, que voulez-vous, un raciste, ça ne réfléchit pas, ça ne cherche qu'à satisfaire ses fantasmes, ses obsessions, ses pulsions. Le contraste entre le maillot de bain et la burka est parfait pour sa petite tête. L'extrême droite en a fait ses choux gras, bien gras, comme un étron au fil de l'eau. Une manif a même été organisée sur place, dans le parc ... où presque personne ne s'est déplacé. Le raciste veut bien cracher son venin sur la Toile, mais pour apparaître à visage découvert, c'est autre chose ...

Le plus stupéfiant dans cette séquence d'hystérie collective, c'est que l'une des premières structures à s'en mêler et à l'alimenter a été ... SOS racisme. Oui, vous n'en revenez pas, comme moi : l'association chargée de dénoncer le racisme a contribué à sa diffusion ! Comment expliquer cette folie ? Je crois qu'une partie de la gauche est littéralement traumatisée et tétanisée par le discours faussement laïquard du Front national. Elle ne veut pas se laisser déborder sur ce terrain-là, elle en rajoute lorsqu'il lui semble qu'une pression sur les personnes a pour motif une croyance religieuse. Dans l'affaire de Reims, les antiracistes ont voulu se montrer d'intransigeants laïques, pour que ce rôle ne soit pas abandonné à l'extrême droite. Sauf qu'ils se sont trompés, complètement trompés, et que leur erreur est grave, très grave (le responsable de SOS racisme a d'ailleurs démissionné).

De la fiction rémoise, la gauche doit tirer des leçons. Le véritable problème en France, ce n'est pas la présence de musulmans, mais la présence de xénophobes, qui mettent à mal le vivre ensemble, qui portent atteinte au pacte républicain. Ce sont eux nos adversaires, ce sont eux qu'il faut combattre. Ce n'est pas la laïcité qui est menacée, ce sont les valeurs républicaine de liberté, d'égalité et de fraternité, par les tenants de l'intolérance, de la discrimination . Il y a l'hystérie calculée, électoraliste du Front national ; mais il y a aussi l'hystérie spontanée, angoissée qui vient d'en bas, de très bas, de la base, qui doit être tout autant dénoncée et combattue. La sinistre affaire de Reims, désormais close, en a été l'illustration.

Les plaisirs du palais



Cette sympathique jeune femme m'a fait visiter son palais des mille et une nuits (bien que nous étions en plein jour). C'est un lieu unique à Saint-Quentin, pour les plaisirs de la bouche, des narines et des yeux. J'ai passé, avec d'autres, un moment très agréable. De la fenêtre, la vue est belle aussi. Dites-moi où j'étais, avant de vous y rendre à votre tour.

vendredi 31 juillet 2015

Rebsamen pas possible



A plusieurs reprises, sur ce blog, j'ai exprimé mon mécontentement à l'égard de François Rebsamen, ministre gaffeur. C'est mon droit de citoyen, et mon devoir de socialiste. De ce François-là, j'aime surtout sa voix, grave et belle, son visage aussi, très marqué, un peu comme le vieux Gabin (mais j'aime aussi les visages lisses de poupon, à la Macron). A part ça, Rebs, comme on l'appelle entre socialistes, ça ne va pas du tout.

Certes, son ministère, le Travail, est l'un des plus exposés : quand on est le ministre d'un président qui a fait de l'emploi son cheval de bataille, on n'a pas droit à l'erreur. Bien sûr, Rebsamen n'est pas un mauvais type (aucun socialiste d'ailleurs n'est un mauvais type, sauf quelques cas rares), mais ministre, ce n'est visiblement pas son truc. Il a le costume mais pas l'étoffe. C'est une question de niveau.

Son gros problème, c'est surtout la communication. Dès qu'une caméra ou qu'un micro s'approchent, on sent venir la faille. Sous la IIIème République, François Rebsamen aurait fait un bon ministre, parce que c'est un bon gars, fidèle, appliqué. Aujourd'hui, dans la société de communication, où l'on meurt de ne pas ou de mal communiquer, Rebsamen est mort. Pas d'excuses : il est entièrement responsable. Personne ne l'a obligé d'être là où il est, et ses limites, il les connaît, parce que s'il est maladroit, il n'est pas non plus idiot.

Sa dernière gaffe date d'hier, et ce pourrait bien être la toute dernière, parce que pire qu'une faute, c'est une erreur politique. Quelques jours après le décès du maire de sa ville, il annonce qu'il va être candidat au poste qu'il a longtemps occupé, avant d'être ministre. Patatras ! François Hollande a dit et répété, de nombreuses fois, sur tous les tons, que le cumul des mandats était autant son adversaire que le chômage. Etre ministre et maire d'une grande ville, non, non et non ! Quand on a la charge de cinq millions de chômeurs et d'une multitude de précaires, on ne se consacre pas à la gestion de la ville de Dijon.

Rebsamen sait qu'il ne peut pas, que ça ne va pas, qu'Hollande ne veut pas ... et il le fait quand même ! Comment appelez-vous ça ? Rebsamen sait que les médias vont lui tomber dessus, que l'opinion publique, qui déteste le cumul des mandats, ne lui pardonnera pas ... mais il fonce tout droit dans le mur, au risque de perdre son portefeuille, de pousser le Premier ministre à un mini-remaniement, tout ça pour avoir Dijon comme consolation. A entendre ça, la moutarde vous monte au nez (oui, je sais, celle-là est un peu facile, mais ce sont les vacances, je me relâche).

Le cas Rebsamen pose une question plus générale, l'une des plus délicates qui soit en politique : où est-on à la bonne place ? A quel moment atteint-on son niveau d'incompétence ? C'est le problème de la compétence en démocratie, où n'importe quel citoyen est censé pouvoir assumer un mandat, exercer une charge élective. C'est un principe républicain, mais ce n'est pas la réalité de la vie : aucun d'entre nous n'est bon à n'importe quoi. Il y a forcément des qualités que nous avons et d'autres que nous n'avons pas. L'art de la politique consiste à mettre the right man at the right place. Les erreurs de casting font les mauvais films.

Autre problème : la rétribution des fidèles. La politique exige d'avoir des soutiens, qui sont rarement gratuits, désintéressés, surtout à un haut niveau. Celui qui suit ne le fait pas pour rien : il attend un retour sur investissement. Le militant au cœur pur et aux mains blanches, c'est une figure de légende. De quelqu'un qui est en politique ou dans ses parages, il faut toujours se demander ce qu'il fait là, ce qu'il recherche, ce qu'il attend. Le leader est forcément sollicité, les espoirs qu'il suscite autour de lui restent souvent silencieux, mais réels. Le pire pour lui, c'est de se montrer ingrat. Un espoir non satisfait, c'est pire qu'un amour déçu. Quand on est dans les cuisines, il faut donner à manger : en politique, tout le monde a faim, et beaucoup sont boulimiques. Un leader est toujours redevable, tout chef qu'il est.

François Rebsamen est un grognard de l'Hollandie, un fidèle parmi les fidèles, un des tout premiers soutiens, un bon copain. Pas facile de ne pas récompenser celui qui n'aurait pourtant pas démérité à rester premier magistrat de la ville de Dijon, belle et grande cité de Bourgogne. Mais, en politique, on veut toujours plus, même ce dont on n'est pas capable. Avoir une place quelque part, n'importe où, la plus haute possible. Qu'est-ce que le chef peut répondre à ça ? Si c'est non, autant se couper un bras, le droit, celui du bon lieutenant ... François Rebsamen était à la fois condamné à entrer au gouvernement et condamné à le quitter. C'est maintenant. Mais on connaît plus grave condamnation dans la vie, même pour un homme politique. Rebs peut redevenir roi de Dijon, la belle digue digue, la belle digue don, ce qui n'est pas mal non plus.

Venez comme vous êtes



Ce n'est pas le plus beau tag de Saint-Quentin, mais il mérite quand même le coup d'œil, et surtout une photo. J'aime beaucoup ce vert au milieu de la verdure. Il n'est pas non plus très facilement visible, mais si vous avez faim, vous le verrez beaucoup mieux (indice). Deuxième indice, dans le titre du billet. Avec ça, vous devriez trouver.