dimanche 1 mars 2015

Corinne contre Colette



Les élections départementales, c'est exactement dans trois semaines, mais les premières affiches politiques, c'était ce week-end dans le centre ville de Saint-Quentin, PCF (vignette 1) et UMP (vignette 2). "Votez communistes" pour les uns (qui ne mettent pas leur drapeau dans leur poche), "Notre priorité, c'est vous" pour les autres (le contraire serait surprenant). Le PCF se présente à quatre visages (avec les remplaçants), l'UMP en reste au couple de titulaires. Corinne Bécourt contre Colette Blériot, le match est commencé. En attendant le Front national et le Parti socialiste.


Pas de billet lundi.

samedi 28 février 2015

Lallemand, Bouvigny, dernier jour



Il vous reste jusqu'à demain pour aller voir cette superbe exposition, galerie Saint-Jacques. Rien ne prédisposait Jean Lallemand et Nicolas Bouvigny à se retrouver dans un même espace. Sinon que tous les deux n'ont aucun complexe à se déclarer autodidactes. Peut-être même en tirent-ils une légitime fierté ... Une vidéo, heureuse idée, présente le travail des deux artistes.

Jean Lallemand, bien connu des Saint-Quentinois, ne se revendique d'aucune règle académique. "La technique, on se la fait soi-même", affirme-t-il. A un jeune qui voudrait apprendre le métier : "commencer par dessiner, dessiner, encore dessiner, et peindre ensuite". "Savoir voir", surtout en pleine nature, au milieu des paysages : tout est là. Mon tableau préféré : "Perspective, canal de Saint-Quentin", que j'aime pour sa mélancolie (vignette 4). Et puis, clin d'oeil à l'actualité, les figurines de Jean Lallemand sont elles aussi Charlie (vignette 2).

Nicolas Bouvigny (vignette 1, près de son "Autoportrait") est passé par l'école de dessin Maurice-Quentin-de-La-Tour. Il est aujourd'hui animateur en arts plastiques à l'Espace Matisse. Nicolas rejette le terme d'artiste, auquel il préfère plus sobrement celui de peintre. Il a pratiqué plusieurs techniques, mais affectionne la peinture à l'huile, en atelier et au sol. "Je me promène à la frontière de l'abstrait et du figuratif", confie-t-il. Quand il commence une oeuvre, il ne sait pas très bien où il va : l'inspiration fait le reste. Trouver un titre est un casse-tête, qu'il règle d'une formule : "Sans titre, c'est déjà le début d'un titre". Mon attention s'est portée sur "Marine" (vignette 3).

Jean Lallemand, Nicolas Bouvigny, deux peintres qui, chacun dans leur style, font honneur à Saint-Quentin. 1 200 visiteurs leur ont déjà rendu hommage. Pourquoi pas vous ce dimanche ?

vendredi 27 février 2015

Pascal Brunner



Pascal Brunner nous a quittés hier. Je l'avais rencontré le samedi 08 décembre 2012, au Salon des Auteurs Locaux, à Saint-Quentin (en vignette). Sa sympathie, sa gentillesse et sa disponibilité m'avaient frappé. Tous les gens célèbres n'ont pas ces qualités-là. Où qu'il soit, Pascal Brunner avait ce sens du public, dont il avait fait son métier.

Cet ancien élève du lycée Henri-Martin a connu la notoriété dans les années 90, en devenant l'immense vedette de l'émission télévisée Fa si la chanter, qui rassemblait des millions de téléspectateurs. Et puis, Pascal Brunner a connu la disgrâce, l'excès, la maladie. C'est aussi ce qui m'avait frappé : sa fragilité. Mais sur ce visage marqué, le regard demeurait intact d'enthousiasme, de vivacité.

Il avait plein de projets, aimait à en parler, ne semblait pas abattu par la vie. Pascal Brunner avait plusieurs cordes à son arc. A bon sens du terme, il était polyvalent : imitateur, humoriste, chanteur, comédien (pour ma part, je retiendrai au théâtre son interprétation de l'inspecteur Columbo, le personnage joué à la télévision par Peter Falk).

Mais le terme qui traduit le mieux ce qu'était professionnellement Pascal Brunner, c'est celui d'animateur : il n'avait pas son pareil pour animer un public, de quelques personnes seulement ou de plusieurs centaines, c'est-à-dire mettre en mouvement une salle. C'est un art difficile, dans lequel il excellait.

J'ai encore en tête son départ du Salon des Auteurs Locaux, parce qu'il devait prendre le train pour rejoindre Paris : il avait salué tout le monde, avant que sa silhouette fragile s'éloigne d'une démarche hésitante. Il avait promis de nous revoir. Salut Pascal !

jeudi 26 février 2015

Les désirs de Condren



"Le café sera chaud, les chouquettes fondantes et l'ambiance conviviale". Comment résister à une telle invitation, libellée par Carole Dahler, responsable de la médiathèque de Condren, près de Tergnier ? Je confirme : ce soir, le café était bien chaud, les chouquettes très fondantes et l'ambiance parfaitement conviviale. Un cadre prompt à éveiller nos désirs, de bouche et d'esprit. Le sujet du café philo s'y prêtait : peut-on désirer sans fin ?

Dans nos échanges, il a été question d'amour, d'ambition, de sexe, mais aussi de manque, de frustration et de surconsommation. Comme dans tout bon café philo, les questions ont été plus importantes que les réponses. Au final, je ne sais toujours pas si on peut désirer sans fin. Surtout, j'ai du mal à juger si le désir infini est une bonne ou une mauvaise chose.

Ce qui est certain, c'est que nous avions ce soir, dans la médiathèque de Condren, le désir de débattre sans fin, et que nos discussions auraient pu se prolonger toute la nuit. Mais il faut savoir aussi contrôler et différer son désir : nous nous sommes raisonnablement séparés, pour nous retrouver au même endroit le 30 avril, sur le thème du bonheur. Je peux déjà prévoir qu'autour de Carole le café sera chaud, les chouquettes fondantes et l'ambiance conviviale. Alors, si ça vous tente ...

mercredi 25 février 2015

Querelles de mots



La politique, c'est l'art de la parole, la maîtrise du discours, l'attention et la valeur accordées aux mots. Mais la politique ne peut pas non plus se réduire à ça : ce sont aussi et surtout des analyses, des idées et des projets. J'ai connu une époque, pas si ancienne, où les idées jouaient un rôle essentiel dans le débat politique, où c'était projet contre projet. On parlait même alors d'idéologie. Aujourd'hui, on a presque l'impression que c'est un gros mot. Depuis quelques années, mon sentiment est que le combat politique se réduit à des querelles de mots, des soucis de vocabulaire, sans grand rapport avec la grande rhétorique d'autrefois.

Ces derniers temps nous en ont donné quelques exemples. Manuel Valls utilise à juste titre le terme "apartheid" pour dénoncer la discrimination qui frappe de nombreuses banlieues françaises et leurs populations. Le mot déclenche une polémique. Quelques jours plus tard, le Premier ministre emploie avec raison l'expression d'"islamo-fascisme" pour lutter contre la barbarie fanatique. C'est le tollé. Ces indignations langagières sont d'ailleurs aussi vite disparues qu'apparues.

François Hollande, au dîner du CRIF, a parlé des ""français de souche, en précisant qu'il empruntait cette formule au langage courant, c'est-à-dire avec des guillemets (qui ne se voient pas quand on parle, mais qu'on comprend lorsqu'on respecte le sens de la phrase du chef de l'Etat). Mais non, le lait est sur le feu, le procès est lancé, le président de la République est quasiment rendu responsable de complicité avec l'extrême droite, familière de ces mots-là. C'est idiot, ça n'a pas de sens, mais ce qui est dit est dit, sans qu'on ait l'honnêteté de voir ce qu'il y a derrière les mots, dans quel contexte ils se situent et ce qu'ils veulent signifier.

Un mot est juste ou faux, voilà la seule question qu'il faut se poser en politique. C'est pourquoi le président du CRIF est critiquable lorsqu'il affirme que Marine Le Pen est "irréprochable". Car, à l'évidence, elle ne l'est pas. Si la France se préoccupe aujourd'hui avec angoisse d'identité nationale, si elle raisonne souvent en termes d'origines ethniques, c'est parce que le Front national a réussi à imposer ces thèmes dans le débat public, et c'est déplorable. Non, Marine Le Pen, à la tête d'un parti nationaliste et xénophobe, est tout sauf "irréprochable".

Autrefois, dans l'affrontement politique, on sortait ses arguments. Maintenant, il faut sortir son dictionnaire.

mardi 24 février 2015

Tournay à poing levé



J'avais envie de rencontrer Olivier Tournay pour deux raisons : d'abord parce que le jeune conseiller municipal est candidat communiste aux élections départementales dans le canton de Saint-Quentin nord, seul et unique candidat de gauche, en l'absence du PS, ce qui est un cas exceptionnel (dans la quasi majorité des cantons de France, il y a un candidat présenté ou soutenu par le parti socialiste). Et puis, ce canton nord n'est pas comme un autre : j'y tiens, je l'ai longtemps appelé "mon" canton, puisque j'y étais candidat socialiste en 2004. Deux bonnes raisons pour en discuter avec Olivier.

J'ai commencé par l'interroger sur son appartenance au PCF, dont il critique souvent la stratégie. En fait, il reproche au Front de gauche (dont le PCF est membre) de rassembler des groupuscules dans une visée purement électoraliste et inefficace, au détriment du parti communiste, de son identité historique. Quant à Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas sa tasse de thé ni son verre de rouge : quelqu'un qui a été plus de 30 ans au PS et ministre d'un gouvernement social-démocrate, comment peut-on lui faire confiance, quand on se veut au contraire, comme Olivier, révolutionnaire ? Impossible.

Je pousse le bouchon un peu plus loin : le parti communiste est-il encore communiste ? "Sa base, oui, mais certains de ses dirigeants, pas assez", me répond Olivier, calme, prudent et assuré. Je le traite gentiment de stalinien (sur le mode interrogatif). Il ne se laisse pas démonter : "je n'ai connu ni Staline, ni sa mère. On est tous le stalinien de quelqu'un. Ca ne veut rien dire. En revanche, la lutte des classes, la révolution, j'y crois". Olivier ne se sent bien que le poing levé. Son mot préféré ? "Communiste", son identité, sa fierté. Avec la faucille et le marteau, on ne transige pas. Ne lui parlez pas de Syriza, la gauche radicale grecque, très à la mode en ce moment, sauf chez lui et ses camarades de section : "ce sera très vite un Pasok bis" [le Pasok, c'est le PS de là-bas]. Rejet de l'électoralisme, fidélité et cohérence politiques : Olivier soutient le KKE, le parti communiste grec.

Nous revenons aux élections départementales, à sa candidature. Je suis curieux de savoir ce qu'il pense du retrait volontaire des socialistes, après des décennies de présence dans le canton nord : "c'est un manque de courage politique. Quand on a des convictions, il faut les assumer, quitte à se ramasser. Il est nécessaire pour un parti d'être présent". Je fais remarquer à Olivier Tournay que cette étonnante défection est aussi un joli cadeau électoral, puisqu'il va pouvoir capter l'électorat socialiste, renforcer ainsi son rôle d'opposant au sein du conseil municipal. Mais non, il reste imperturbable, inflexible, ne cherche pas à tirer profit de la situation : "je ne vais pas me rosir pour repêcher quelques voix. La ligne ne change pas. La meilleure stratégie, c'est de rester soi-même". Croit-il en sa victoire ? "Electoralement, tout est possible".

Le parti socialiste avait proposé une alliance : pourquoi l'avoir refusé ? "Nous sommes contre la politique de Hollande, nous ne pouvons pas nous allier avec le PS". Mais, à Saint-Quentin, c'est l'aile gauche du PS, frondeuse, dont Olivier Tournay a été partenaire durant le précédent mandat municipal ? "La situation était différente, c'était sous Sarkozy ; aujourd'hui, l'aile gauche du PS soutient globalement le gouvernement". Avec Olivier, les raisonnements sont imparables. Pense-t-il que le PS est en voie de disparition localement ? "On n'en est pas encore là, mais les militants sont au PCF et à l'UMP".

Je veux en savoir plus sur son rôle d'opposant municipal. Son travail s'est démultiplié, la tâche est parfois fastidieuse, comme la récente préparation du débat sur les orientations budgétaires. Mais ce rôle lui plaît. Il a 37 ans : est-il là pour longtemps, sachant que l'action politique ne se construit que dans la durée ? "Oui, dans 10 ans, je serai certainement encore là". Rêve-t-il de devenir un nouveau Daniel Le Meur [l'ancien maire communiste de la grande époque] ? "Non, je veux rester moi-même. Mais c'est ma famille. Je n'ai pas de nostalgie, mais beaucoup d'estime, et Daniel Le Meur reste une référence. Un ouvrier qui se retrouve député à 32 ans, c'est quand même marquant !" Tous les deux se contactent d'ailleurs régulièrement.

En bon socialiste que je suis, je ne peux m'empêcher d'avoir un doute sur la volonté d'Olivier Tournay à exercer vraiment des responsabilités, à rechercher le pouvoir. Manifestement, je me trompe. Il m'assure que sa candidature n'est pas un simple témoignage, que ses camarades et lui veulent entrer dans les institutions pour exercer une influence, infléchir les politiques en cours. Mais sans se compromettre, sans rien céder à l'électoralisme.

En le quittant, je suis plus social-démocrate que jamais, autant que lui est communiste révolutionnaire. Mais si j'étais électeur dans le canton nord, je voterais Olivier Tournay : parce qu'il est le seul candidat de gauche, parce qu'il faut faire barrage à l'extrême droite, parce qu'il faut bien choisir, quand son propre parti n'est pas là.

lundi 23 février 2015

Lettre à Michel



Michel, tu étais présent à la séance du conseil municipal de Saint-Quentin, vendredi soir. C'est bien. Mais je m'attendais, sur la question des orientations budgétaires, que ce soit toi qui prenne la parole, au nom de tous les socialistes. Parce que c'est toi notre chef, désigné par la section, élu par la population ! Sur un tel sujet, ce n'est pas un deuxième de liste qui doit intervenir. Michel, je dois te l'avouer, publiquement parce que la politique est une activité publique : ton silence me préoccupe, à bientôt un an de ton mandat de chef de l'opposition socialiste.

Bien sûr, ce rôle est nouveau pour toi, j'admets volontiers un temps d'adaptation, de formation. Mais je sais aussi que ce qu'on ne fait pas dès le début, on ne le fait plus jamais. D'autant que le jeune Tournay s'est installé en adversaire n°1 du maire, ce qui ne déplaît pas à celui-ci (qui fait tout pour ça, mais on ne peut pas non plus le lui reprocher : la politique, c'est de la tactique). Michel, sois mousquetaire, corsaire, résistant, monte à l'assaut, à ta façon, dans ton style, mais par pitié, prend la parole en conseil municipal. Ce que tu es, le rôle qui est le tien, personne ne peut le tenir à ta place : il n'y a pas de chef de substitution.

Tu parles bien, tu portes beau, tu es intelligent : alors, pourquoi ne pas monter au créneau ? Certes, il te manque sans doute la hargne, la méchanceté et la mauvaise foi sans lesquelles il n'y a pas de leader possible (mais ces défauts dans la vie, qui se retournent en qualités dans l'action politique, ne suffisent pas). C'est pourquoi je pense que j'aurais fait un meilleur opposant que toi à Xavier Bertrand. Je ne sens pas en toi la niaque, le peps, l'ambition. Peut-être que je me trompe, que c'est dissimulé, que ça va venir ... Ton titre de chef, tu dois l'aimer, le brandir, l'exercer. C'est un honneur qui t'a été fait : tu as reçu la consécration des deux sections locales et la bénédiction de l'appareil fédéral. Comme j'aurais voulu être à ta place ! Maintenant, il faut que tu en fasses quelque chose.

Rappelle-toi, dans la presse locale, comme tu avais été enthousiaste, lucide, plein d'espoir, lorsque tu as présenté ta candidature pour être premier de la liste. Comme moi, tu critiquais la vieille opposition, faiblarde, absente, ses alliances contradictoires. Tu avais promis de tourner la page, d'être présent, dynamique, offensif. Ta campagne municipale a un peu ressemblé à ça, même si les attaques personnelles contre le maire sortant n'étaient pas trop à mon goût. Et puis, il y a eu le débat avec les autres candidats, où tu paraissais en retrait, effacé, concluant par une silencieuse pirouette qui paraissait artificielle. Que s'est-il donc passé ? J'ai l'impression qu'un ressort s'est cassé pendant cette campagne. Et l'entourage, pas fameux, n'a pas dû aider.

Michel, qui d'autre que toi peut redresser le parti socialiste sur Saint-Quentin ? Les secrétaires de section ? Non, au PS, il n'ont pas une fonction politique majeure, j'en ai fait l'expérience en son temps. Moi ? Autant éclater de rire ! Il n'y a que les élus qui pèsent, dans un parti d'élus. Et ce ne peut-être, sur le plan municipal, que le premier d'entre eux, la tête de liste, ce fameux "chef de guerre" dont tu te souviens que je rêvais d'être. Michel, il faut parler et agir, en conseil mais surtout en dehors, dans les manifestations locales, rencontrer les Saint-Quentinois, discuter avec eux. Et puis, si possible, réunifier les deux sections en une seule : la division aujourd'hui n'a plus lieu d'être, elle est ridicule et stérilisante.

Michel, nous sommes sur la même ligne politique, depuis toujours, sociaux-démocrates, défenseurs de la politique gouvernementale. Tous nos camarades, hélas, ne sont pas dans une telle connivence. C'est pourquoi je te lance cette bouteille à la mer, d'autant qu'un tsunami s'approche, qu'il va nous frapper dans un mois et que ça va faire très mal. Dans un naufrage, il faut trouver à quoi se raccrocher, et tu es le seul "en situation", comme je viens de le rappeler dans ce billet. Une bouteille à la mer peut s'égarer, et je ne sais même pas si tu lis ce blog, consulté pourtant par tant de monde, mais pas toujours les bonnes personnes. Il y a, parait-il, des bouteilles qu'on jette dans le golfe du Mexique et qu'on retrouve plus tard sur les plages de Normandie. Le plus tôt possible, j'espère, en ce qui concerne mon message. Et le 30 mars, lors du prochain conseil municipal, je compte sur toi pour que tu nous proposes une analyse critique et une alternative au budget de l'actuelle majorité.