samedi 22 novembre 2014

La nuit était bleue



La nuit était bleue, hier soir, à l'intérieur de la bibliothèque municipale. Chantal Toulouse et Claude Blachon (en vignette) ont de nouveau animé une séance d'Ecoute active, musique de jazz accompagnée par des commentaires (textes de Claude). L'initiative a débuté il y a sept ou huit ans, et c'était la première animation au sein de la bibliothèque (depuis, elles sont nombreuses).

Cette fois, Chantal et Claude ont évoqué le mythique label Blue Note, qui nous fait voyager dans les années 50 et 60. Nous avons commencé par Herbie Hancock, avec Cantaloupe Island, pour terminer dans un genre très différent, Avishai Cohen, Aurora. En tout, ce sont seize interprétations que nous avons pu apprécier, parmi lesquelles John Coltrane, Jimmy Smith et Michel Petrucciani (le seul Français qui se soit imposé dans cette maison exclusivement américaine).

Les photos des musiciens étaient sur les marches du hall d'entrée, où se tenait la conférence, pendant que d'autres défilaient sur écran (Kenny, au son et à l'image). Le public avait beau rester sagement sur les sièges, les visages, les corps, les pieds bougeaient légèrement, au rythme des morceaux. C'est comme ça, le jazz. A la fin, une nouvelle invitation a été lancée, pour demain : à 16h00, au Conservatoire de musique, l'association Jazz Aisne Co (JAC), présidée par Denis Lefèvre, proposera en première partie Franck Tortiller, vibraphoniste, en solo, et en seconde partie, le duo Philippe Petit, à la guitare, et Ruth Lévy-Benseft, à la contrebasse. Quand j'ai quitté la bibliothèque municipale, la nuit était noire.

vendredi 21 novembre 2014

L'union ou la mort



Pour les instances nationales du parti socialiste, à l'approche des élections cantonales (dans quatre mois seulement), l'union de la gauche n'est plus seulement une option, mais un devoir, si l'on veut limiter la catastrophe annoncée. A Saint-Quentin, lors du dernier scrutin cantonal, la stratégie des candidatures autonomes et des têtes nouvelles a prévalu, avec la défaite qu'on sait, l'extrême droite devançant les deux candidats PS, Carole Berlemont et Stéphane Andurand. Si une telle stratégie se poursuit, c'est la mort assurée. Sachant que les candidatures se feront sous forme de binôme homme-femme, l'union est réalisable dans un même ticket.

Mais quelles sont localement les possibilités d'union ? Le partenaire naturel et historique du PS est d'abord le PRG (Parti radical de gauche) : peu d'activités sur Saint-Quentin, mais une présence lors de la récente élection municipale, avec une représentation sur la liste en la personne d'Edwige Calonne, et le soutien actif de Jean-Robert Boutreux, connu dans le paysage saint-quentinois. Il faut compter aussi sur les chevènementistes du MRC (Mouvement républicain et citoyen), avec à leur tête Laurent Elie, lui aussi présent sur la liste municipale.

Dans ce premier cercle d'alliances possibles, une nouvelle formation est à inclure, lancée il y a quelques semaines par Jean-Luc Bennahmias, le Front démocrate, qui se présente comme ouvertement pro-gouvernemental. Son responsable à Saint-Quentin est Antonio Ribeiro, désormais éligible, réapparu dernièrement sur la scène politique locale en signant des tracts en compagnie de Stéphane Monnoyer, ex-MoDem. La logique voudrait qu'ils se rapprochent du parti socialiste. Mais l'essai avait été infructueux aux élections municipales de mars. L'Initiative démocratique de gauche (IDG), présidée par Roland Renard, est un allié habituel, mais sans figure marquante et repérable à Saint-Quentin, contrairement à il y a une dizaine d'années, quand Lionel Josse, bien implanté dans le monde associatif, était son représentant.

Le deuxième cercle est constitué de partis de gauche dont le rapport au PS est cependant problématique. En premier lieu, nous pensons bien sûr aux écologistes. A Saint-Quentin, l'ex-conseillère municipale Nora Ahmed Ali a été exclue de EELV, à la suite de sa position durant les municipales. Reste Michèle Cahu, conseillère régionale, mais brouillée avec les socialistes à l'occasion de ces municipales. Les divisions s'effacent vite quand on a la maturité politique : est-ce que ce sera le cas ?

Côté communistes, la situation est beaucoup plus délicate, pour ne pas dire impossible : Corinne Bécourt et Olivier Tournay auront leurs candidats et ne s'inscriront pas dans une logique d'union, c'est quasiment certain. Ou alors, il faudrait être politiquement très fort et très malin pour les amener à des candidatures communes à toute la gauche. Ces choses se sont déjà vues, mais localement c'est difficile. Il faudrait du moins attirer les communistes du Front de gauche, Guy Fontaine et Alix Suchecki, respectivement ancien leader de la CGT et ex-adjointe du maire PCF Daniel Le Meur. Mais ce qui ne s'est pas fait aux municipales se fera-t-il aux cantonales ? Rien n'est moins sûr.

A brosser ce rapide tableau de l'état de l'union, on est plutôt porter au pessimisme. Mais la politique est aussi une question de volonté, d'énergie, de décision. Au départ, tout est difficile et compliqué ; ça ne préjuge pas du résultat, qui est ce qu'on en fait. De toute façon, il n'y a pas le choix : pour les socialistes, déjà mal en point, c'est l'union ou la mort. La gauche locale serait-elle à ce point irresponsable face au danger d'extrême droite ? Accepterait-elle de voir le Front national la battre pour la troisième fois consécutive ? Si c'était le cas, ce serait à désespérer de cette gauche locale ; ce serait à se demander si elle souhaite vraiment gagner ou plutôt témoigner, c'est-à-dire se contenter de survivre et de vivoter ... Réponse dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

jeudi 20 novembre 2014

L'ère primaire



Le parti socialiste doit-il organiser des primaires pour désigner son candidat à la prochaine élection présidentielle ? Thierry Mandon a relancé le débat en répondant que oui. Je ne suis pas sûr que ce soit le rôle d'un secrétaire d'Etat d'aborder ce genre de question. Mais, de fait, la question est posée. Je ne crois pas que la réponse dépende de l'impopularité du chef de l'Etat : d'abord parce qu'on ne sait pas ce que sera l'état de l'opinion dans deux ans ; ensuite parce qu'on ne sait pas si François Hollande sera candidat ou pas (lui-même ne le sait pas, puisqu'il fait dépendre sa décision des résultats de la politique du gouvernement). La question des primaires ne doit donc pas été une affaire de conjecture ou de circonstances : c'est du point de vue des principes qu'il faut la poser.

Les inventeurs de la primaire, ce sont les socialistes, lors du dernier scrutin présidentiel. La droite nous copie, en prévoyant d'organiser pour la prochaine fois ce système. Il serait par conséquent cohérent que le PS soit fidèle à lui-même, qu'il défende et applique à nouveau ce dispositif. Qu'un possible candidat soit aussi chef de l'Etat change-t-il quelque chose ? Je ne pense pas. François Hollande, s'il se porte candidat pour une seconde fois, aura besoin de se ressourcer auprès de l'électorat de gauche. La primaire ne pourrait que lui être profitable. Les vertus de cette procédure sont invariables, quels que soient les candidats et leur titre. Et puis, en démocratie, il n'y a rien à craindre d'aucune consultation populaire, celle des primaires ou n'importe quelle autre.

La fonction présidentielle ne risque-t-elle pas de souffrir à se rabaisser à des joutes partisanes ? Dans sa dimension gaullienne, certainement. Mais cette dimension-là, qu'avait su préserver François Mitterrand, a disparu depuis longtemps : c'est d'abord la droite, avec Chirac et surtout Sarkozy, qui a fait descendre le chef de l'Etat de ses hauteurs monarchiques. Je le regrette, mais l'évolution est sans doute irréversible, et la société d'aujourd'hui ne se prête plus guère à un président en majesté. La participation d'un président de la République à des primaires ne fera qu'acter un changement des mentalités, qui n'est peut-être pas si déplorable que ça.

Enfin, loin de vouloir restreindre ces primaires citoyennes, je les considère plutôt comme une chance pour la démocratie et la vie politique. Il faudrait songer à étendre leur champ d'application à d'autres élections, en faire une règle de désignation des candidats. Car ce qui tue la politique, ce qui détourne les citoyens de la vie publique, ce qui grossit les rangs et les votes de l'extrême droite, c'est la logique d'appareil, avec ses arrangements internes, ses candidats présélectionnés, ses choix hasardeux parce que intéressés, opportunistes.

Autrefois, cette réalité existait déjà, mais elle était admise, parce que l'idéologie la recouvrait, parce que les militants étaient beaucoup plus nombreux, parce que les fortes personnalités faisaient oublier les candidatures médiocres, fantasques ou alimentaires. Aujourd'hui, le citoyen est vigilant, exigeant et désabusé : les partis politiques ne peuvent donc plus se permettre de se donner, à quelque élection que ce soit, des candidats bâtards, inconnus ou transparents, qui végètent dans l'appareil jusqu'à ce qu'on les réactive le moment venu. Choix des candidats par les citoyens à tous les scrutins : c'est clair, net et démocratique. L'ère primaire ne fait que commencer.

mercredi 19 novembre 2014

La défaite de la Picardie



L'Assemblée nationale examine aujourd'hui, en seconde lecture, la carte des nouvelles régions. Quelle qu'en soit l'issue, la région Picardie aura échoué. Le choix le plus probable, qui est l'hypothèse actuelle, c'est la fusion avec la région Nord, qui ne veut pourtant pas de nous. Un mariage contraint et forcé, sans consentement mutuel, ne peut rien donner de bon. Le Conseil régional de Picardie, toutes tendances confondues, a cette préférence faute de mieux, qui aurait été, selon lui, le maintien en l'état de la région picarde, autant dire le refus de la réforme territoriale proposée par le gouvernement.

Il y avait des solutions alternatives. Dès le début, j'avais eu idée d'un rattachement avec l'Ile-de-France (je raisonnais aussi en Axonais et en Saint-Quentinois). La suggestion pouvait paraître baroque, quoique sérieuse et étayée dans mon esprit. Mais quand on est seul, on croit toujours avoir tort. C'est pourquoi j'ai été heureux (et surpris) de voir Jean-Pierre Balligand défendre cette option en début octobre, alors qu'il avait toujours soutenu jusqu'à présent le rattachement de la Picardie à la Champagne-Ardenne. Pour moi, l'argument est simple : la région la plus pauvre doit s'allier à la région la plus riche.

Dans le débat sur la réforme territoriale, depuis quelques semaines, d'autres évolutions se sont produites. Yves Daudigny, qui avait gardé une prudente neutralité, se souciant surtout de maintenir l'existence du département, a finalement fait le choix de l'Est, contre celui du Nord. De plus, les départements ont obtenu le droit, sous certaines conditions, de rejoindre la région de leur choix (jusqu'à présent, les rapprochements étaient exclusivement interrégionaux). Jacques Krabal milite activement pour que l'Aisne se tourne vers Reims. L'Oise, évidemment, regarde vers Paris. Bref, l'éclatement de la Picardie est à l'ordre du jour. Pourquoi pas, d'ailleurs, puisqu'au niveau régional, la volonté politique a manqué, partagée médiocrement entre le statu quo (Picardie maintenue) et le pis aller (mariage aigre-doux avec le Nord-Pas-de-Calais).

Il n'en reste pas moins que la réforme territoriale est l'un des plus importants chantiers du quinquennat, qui modifiera durablement l'organisation du pays. La droite reproche contradictoirement une refonte des régions imposée d'en haut et une carte territoriale qui n'en finit pas de bouger. Non : le projet vient du gouvernement, ce qui est normal en matière d'institutions, y compris locales ; mais il a été largement débattu avec les élus concernés, et les parlementaires, encore aujourd'hui, ont fait leur travail.

Xavier Bertrand proposait des référendums par région : non, ça n'aurait rien donné, les Picards voulant garder la Picardie, les Bretons la Bretagne ... et les Berrichons le Berry (je suis Berrichon de naissance, mais c'est une boutade, le Berry étant une ancienne province, pas une région). La voie référendaire est praticable lorsque la question est simple et nationale. Va donc pour des Picards devenus Nordistes, à défaut d'être Franciliens : le pire aurait été, de toute façon, de rester replié sur soi. Une défaite, à la longue, peut se transformer en victoire.

mardi 18 novembre 2014

Salgado selon Wenders



70 personnes se sont retrouvées hier soir au ciné philo, pour le dernier film de Wim Wenders, "Le sel de la terre", un documentaire sur le photographe Sebastiao Salgado et ses superbes oeuvres en noir et blanc, mais aussi une réflexion sur le malheur des hommes et la beauté de la nature. Après un long voyage en enfer, dans les pays ravagés par la famine et la guerre, Wenders termine par une incursion au paradis, chez les indiens d'Amazonie.

C'est enfin une méditation originale sur l'art, puisque le cinéma se penche sur la photographie, objectif de l'un pointé sur l'objectif de l'autre. Salgado photographie la souffrance et la mort, choix très discutable et dont nous avons discuté. Mais le résultat est digne et esthétique, même si c'est terrible à dire. D'ailleurs, la vie et la mort se mêlent, inséparables, dans les populations africaines et brésiliennes qu'ont visitées Wenders et Salgado. En Occident, nous les opposons, jusqu'à refouler la mort. Il n'y a pas si longtemps, a fait remarquer un intervenant, on photographiait chez nous les corps et les visages des défunts, sans problème.

Le débat a été animé par une ancienne et une fidèle du ciné philo, Christiane Gabriel, admiratrice de Wim Wenders, dont elle nous a parlé avec beaucoup de science et de brio (vignette 1). La prochaine séance aura pour invité Benoît Delépine, pour son dernier film (vignette 2). Mais il n'y a pas que le ciné philo au multiplexe de Saint-Quentin : vous pouvez participer au ciné débat, dans une approche plus cinéphilique que philosophique, proposé par Claude Baugée, avec lundi prochain le film de Cédric Kahn, "Vie sauvage", interprété par Mathieu Kassovitz.

lundi 17 novembre 2014

Détruire et construire



Proposer une séance de café philo sur le thème "Que détruit la guerre ?" au musée de Vassogne, près de Craonne, était presque une provocation, du moins une contradiction. Ce charmant musée, de création récente (2008), se consacre en effet aux outils anciens à main, considérés et présentés comme des oeuvres d'art populaire, des éléments de civilisation et d'humanité, dont il faut préserver le témoignage et le souvenir. L'outil, c'est ce qui construit, la guerre, c'est ce qui détruit. Mais la philosophie ne craint pas la contradiction, ni la provocation : elle les suscite, pour les dépasser et produire quelques idées.

Hier après midi, nous étions une quarantaine pour échanger sur le sujet (vignette 1, une partie du public). La rencontre était à l'initiative de la Caverne du Dragon, Musée du Chemin des Dames. Le débat a été suivi d'une visite commentée du musée, d'abord de sa partie haute, où l'on peut apprécier en ce moment une exposition intitulée "Du blé ! Récolte et pratiques fiscales". Andrée Bedhome nous a montré et expliqué des objets dont l'utilité le dispute à la beauté (vignette 2). Où l'on constate aussi que la réglementation fiscale d'il y a quelques siècles valait bien la complexité administrative actuelle !

Au rez-de-chaussée, l'exposition "Terres, fêlures de la Grande Guerre", a donné l'idée et l'occasion du café philo : la guerre détruit tout, les hommes, les choses, la nature, mais la terre conserve beaucoup, protège et les populations réparent : jarre, cruche, pot, saloir et d'autres, ces objets du quotidien ont échappé à la folie meurtrière (vignette 3, de droite à gauche, Anne Bellouin, responsable de la Caverne du Dragon, Patrick Doucet, président de l'association des amis du musée de Vassogne, Stéphane Bedhome, membre du conseil d'administration).

Je vous invite vivement à passer par Vassogne et à vous rendre dans son musée, passionnant et créé par des passionnés. Ses coordonnées : 03 23 25 97 02 / www.outilsvassogne.fr

dimanche 16 novembre 2014

King Kong sans smoking




Courez vite cette semaine au 34e festival international du film d'Amiens. D'abord, parce que vous serez très bien reçus par sa présidente, Anne-Marie Poucet, par ailleurs ma cousine (vignette 2, très star de cinéma, en bonne compagnie, Fugence Compaoré, djembéfola, et Harry, organisateur de spectacles).

Ensuite, parce que le programme est formidable, plein d'idées neuves : une rétrospective Jean-Pierre Marielle, avec le grand moustachu himself ; l'oeuvre unique (les réalisateurs d'un seul film, Malraux, Genet, Giono, Malaparte, Mishima, Vanel, Brando, Laughton, entre autres), des hommages, des invités, des masterclass, des animations pour les enfants, des interventions à la maison d'arrêt, dans les collèges, ... Je vous renvoie au copieux et alléchant menu : www.filmfestamiens.org

La magie du festival, c'est sa diversité et son petit côté décalé : films anciens et récents, grand public et cinéma expérimental, beaucoup de chefs-d'oeuvre et un petit nanar (dixit Fabien Gaffez, directeur artistique du festival, à propos de "Maximum Overdrive", de Stephen King). Cette année, un nouveau dispositif européen va soutenir financièrement un jeune auteur. Son nom : Pygmalion (non, rien à voir avec ce que vous pensez ...).

La cérémonie d'ouverture (vignette 1), c'était vendredi soir, j'y étais (sans smoking). Elle s'est déroulée sous l'égide de King Kong, que nous avons toujours plaisir à revoir (le vrai, le premier). Le lendemain avait lieu un tournoi de King Pong, afin de désigner la huitième merveille de la ville ! (les Amiénois sont cinéphiles et facétieux). Le festival a été officiellement lancé par Brigitte Fouré, maire de la ville, et le député Alain Gest.

Dans l'assistance, parmi les élus, on remarquait Didier Cardon, vice-président du Conseil régional, et mon copain de la Ligue de l'enseignement, Pascal Demarthe, devenu député il y a un mois, ce qui nous a permis de deviser sur le rôle des circonstances (heureuses ou malheureuses) en politique. Des intermittents, poings levés, sont venus sur scène faire part de leurs revendications (vignette 3). En quittant la salle, passé minuit, j'ai cru voir King Kong au sommet de la tour Perret. Je n'avais pourtant pris aucune goutte d'alcool, ni rien fumé. C'est ça, la magie du cinéma.