lundi 27 juin 2016

Ils sont fous, ces Anglais !



La folie politique n'est pas réservée aux Romains dans Astérix. Les Anglais en font une belle démonstration avec le Brexit et ses suites.

Fous d'organiser une procédure plébiscitaire, césarienne, populiste, manipulatrice, diviseuse, bonapartiste, antidémocratique alors que nos amis Anglais, avant nous, beaucoup plus que nous, sont les fondateurs du parlementarisme, de la démocratie représentative, du système de délégation.

Fous de rompre avec l'Europe dont ils étaient bénéficiaires, tout en étant le pays le moins contraint par l'Union, un peu comme nos paysans qui pestent contre l'Europe tout en n'existant que par ses subventions.

Fous de précipiter leur pays dans la crise politique et surtout économique. Le Brexit, c'est un vote de vieux, de peureux qui n'ont plus rien à perdre. Les jeunes Anglais ne s'y sont pas trompés, moins fous que leurs aînés, votant majoritairement pour l'Europe.

Fous d'avoir un David Cameron, européen qui a joué avec le feu, contre son propre camp et incendié l'Europe, mauvais tacticien qui reçoit le boomerang en pleine figure. C'est malin !

Fous d'avoir un Boris Johnson, excentrique et opportuniste, conservateur qui casse la baraque, qui ne fera rien de sa victoire, sinon s'emparer du pouvoir. C'est le Donald Trump des Anglais. Tous les pays n'ont pas une reine ou un roi, mais chacun a son fou.

Fous de libérer la parole xénophobe, raciste, dans cette grand nation britannique pourtant ouverte, tolérante, cosmopolite, raisonnable. Fous de tourner le dos à ce qu'on est, de trahir son identité au nom d'une pseudo-identité.

Fous de diviser non seulement l'Europe mais leur propre pays, en arroseur arrosé. L'Angleterre quitte l'Europe, l'Ecosse veut quitter l'Angleterre et Londres elle-même, si j'ai bien compris, veut retourner dans l'Union européenne. Une histoire de fous, vraiment !

Fous et même un peu cons, irresponsables en tout cas, ces électeurs du Brexit qui maintenant regrettent leur vote, disent qu'ils ne savaient pas, qu'ils ont dit non à l'Europe en croyant que le oui l'emporterait, un peu comme nos Français qui votent Le Pen tout en prétendant ne pas partager ses idées, juste pour faire peur, pour protester, en pensant que le FN de toute façon ne va pas gagner. Belle mentalité, incohérente, malhonnête, hypocrite !

Fous ces anti-Brexit, pourtant mes amis pro-européens, qui demandent à ce qu'on refasse le match, le référendum, parce que le résultat ne leur convient pas. Trois millions auraient pétitionné dans ce sens. Mais on va où comme ça ?

Plus on est de fous, plus on rit, parait-il. Mais là, à part les fachos qui ricanent, personne ne rit. Que faire maintenant ? Ce qu'ont dit Hollande, Macron, Juppé : ne pas tarder, faire partir le plus vite possible les Anglais, puisqu'ils l'ont voulu ainsi. Ses folies, il faut les assumer. Nous aussi, comme nos voisins et amis d'outre-Manche, nous avons eu notre moment de folie nationale, en 2005, lors de la campagne paranoïaque et hystérique autour de la Constitution européenne, dont le résultat a paralysé l'Europe pendant dix ans. Les dirigeants européens s'en sont sortis en bricolant le traité de Lisbonne, ne pouvant faire autrement pour que l'Europe, malgré tout, fonctionne. Une solution à la fois inévitable et insatisfaisante, donnant prétexte aux anti-européens de prétendre qu'on n'avait pas respecté leur choix, alors qu'ils étaient les responsables d'une telle situation. Il ne faut plus jamais qu'un tel cas de figure, ambigu, ne se représente. Que Messieurs les Anglais se tirent les premiers, puisqu'ils l'ont voulu. Les premiers et, c'est à espérer, les derniers, même si la folie est hélas un sentiment contagieux.

dimanche 26 juin 2016

Rocard comme on l'aime




Ce n'est pas un entretien que nous livre Le Point de cette semaine, mais un véritable manifeste : 12 pages de Michel Rocard ! Le magazine parle de "testament". Mais non ! A 85 ans, mon maître en politique a encore beaucoup de choses à nous dire. C'est un texte tout en clin d'œil, paradoxe, confirmation et surprise.

Rocard, le chouchou des médias (qui d'autre que lui, dans sa situation, ferait encore la une d'un grand news ?), critique ... les médias, qui se vouent aux faits divers, privilégient le divertissement, renoncent à la réflexion. Le Brexit, c'est aussi, outre-Manche, la victoire de la presse à scandales, anti-européenne. Hollande est "un enfant des médias", c'est sa limite (mais aujourd'hui leur victime ?). Et Mitterrand savait en jouer en son temps. Bon, le point de vue n'est pas très original.

Mitterrand, justement : ah, celui-là, avec Rocard, ça ne marchait pas ! Le penseur de la deuxième gauche n'a pas, contrairement à Giscard, jeté la rancune à la rivière, non sans raisons bien sûr, mais aussi avec mauvaise foi et injustice (mon maître en politique peut se tromper). Traiter Mitterrand d'"homme de droite", c'est y aller un peu fort. Entre eux, le désamour remonte aux années 50, quand Rocard a traité d'"assassin", dans l'affaire algérienne, le futur président de la République. En politique, on ne pardonne jamais.

Pourtant, les deux hommes ont constitué le binôme de l'exécutif le plus populaire de la Vème République. Pas besoin de s'aimer pour bien travailler ensemble, d'autant qu'ils s'appréciaient si peu qu'ils travaillaient très vite ! Le fond du conflit n'est d'ailleurs pas personnel, mais idéologique : Rocard n'a jamais encaissé le mélange de jacobinisme et de marxisme que représentait le mitterrandisme. En revanche, Macron, Valls, Juppé et le socialisme suédois, ça lui va.

Le socialisme, justement : "Il n'y a plus guère que moi pour en parler ... parce que je suis archaïque, probablement" (private joke). Même le changement de nom du PS, voulu un moment par Valls, Rocard dit niet, parce que "le seul mot qui fait primer le collectif sur l'individu, c'est le socialisme". Sur le Brexit, surprise : Rocard dit yes. Bon débarras les English, qui empêchaient l'Europe de progresser ! (pas d'accord).

Le syndicalisme de services est selon lui la solution à la crise des grandes centrales ouvrières. Les 35 heures, c'est bien, à condition que la loi ne s'en mêle pas. Robien est préférable à Aubry. Les emplois publics doivent diminuer, un revenu minimum doit être instauré (Rocard a longtemps été contre). La droite a été "lâche" de favoriser l'immigration maghrébine de 1969 à 1973, sans l'assortir d'un accompagnement social. Giscard président a eu raison de la stopper. Mais Merkel aujourd'hui est courageuse d'ouvrir ses portes aux migrants. Le débat sur le voile est de l'ordre du symbole. Or, "le drame du symbole, c'est qu'on ne négocie pas avec, c'est qu'on est embarqué dans l'excès" (bien vu).

La création du ministère de la Ville, en 1988 par Mitterrand, a été "une folie", détruisant le bénévolat en faveur d'une "administration mendiante". On aurait pu croire le moderniste Rocard très enthousiaste aux nouvelles technologies. Pas du tout ! "Dans la numérisation, je vois plutôt un danger pour notre langue. Avec les SMS et autres, il n'y a plus d'orthographe, de nuances, de doute (...) Je ne crois guère au baratin de la restauration démocratique par Internet" (bravo).

La fin de l'entretien, comme il se doit, est consacrée à la géopolitique. Rocard est atterré par l'absence de l'Europe dans les grands enjeux mondiaux (moi aussi). Dans la crise ukrainienne, nous avons ignoré l'Histoire (ce pays est russe) et nous avons méprisé la Russie, qui s'est sentie légitimement offensée (oh que oui). En Syrie, Bachar est un facteur d'ordre, pas plus tueur que les autres, qu'on ferait mieux de soutenir.

J'ai rédigé ce billet comme Michel Rocard parle, rapidement, de façon fragmentée, bourré de vérités et de provocations. C'est Rocard comme on l'aime, en socialiste libre, réfléchi, stimulant, inattendu et très attendu, qu'on veut garder parmi nous le plus longtemps possible. Sûrement pas un sage de la gauche, mais son penseur franc-tireur.

samedi 25 juin 2016

Le ministre et l'écrivain



Je vous recommande la lecture des Inrockuptibles de cette semaine. L'invité est Michel Houellebecq. Il débat avec Emmanuel Macron. Confronter un politique avec un intellectuel ou un artiste, c'est une bonne idée qui ne marche pas toujours. Philosophie magazine avait réuni Nicolas Sarkozy et Michel Onfray, sans grand intérêt. C'est parce que Sarko n'est pas très intello, contrairement à Macron. Et Onfray n'est pas grand philosophe, alors que Houellebecq est grand écrivain.

Toujours est-il que le face à face est passionnant de bout en bout. D'abord parce qu'il y a tout de suite une forme de complicité entre les deux personnages (Sarkozy, Onfray, c'était le feu et la glace). Ensuite parce que leur dissemblance est amusante : le beau gosse et le quinqua flapi, le sourire éclatant et la bouche édentée, l'optimiste presque naïf et le pessimiste presque sournois. En tout cas, on se régale, lisez. Et puis, c'est l'occasion pour le ministre, présidentiable quoi qu'il en dise, de préciser sa philosophe politique. J'ai repéré huit thèmes :

1- La démocratie : le ministre et l'écrivain souhaitent son renouvellement. Macron prône des "conférences de consensus", où l'avis des citoyens serait éclairé par le travail des experts, afin d'éviter les débats conflictuels et stériles. Mais il est très réticent envers la démocratie directe, que Houellebecq au contraire aimerait généraliser, par des référendums qui seraient l'origine unique de la loi (et non plus la délégation parlementaire).

2- La politique : son "malaise" vient de la promesse d'un impossible bonheur, alors qu'elle devrait se donner pour objectif de construire un cadre qui permette l'"autonomie" et l'"émancipation" des individus (les deux maîtres-mots de Macron). Aux jeunes surtout, il ne faut pas promettre le bonheur, pense-t-il.

3- L'autorité : Houellebecq croit au "bon chef". Son expérience lui fait dire (à moi aussi !) : "il suffit parfois de changer de chef, et tout va mieux". Oui, c'est vrai : tout ne va pas forcément bien, mais tout va mieux, quand les têtes changent. Macron pointe aussi la question, posée selon lui à partir de 1968 : "quelle est la forme légitime d'autorité ?" étant donné que nulle société ne peut s'en passer.

4- Le capitalisme : on reproche souvent au ministre d'être libéral. Oui, à condition de distinguer libéralisme et capitalisme, attachement à la liberté et recherche du profit. Sur ce point, Macron n'est pas le réaliste ou le pragmatique qu'on pourrait penser. Au contraire, je crois que c'est dans son libéralisme que se manifeste paradoxalement le plus en lui sa nature d'homme de gauche, optimiste et utopiste. Car ce penchant libéral repose sur une conception de la nature humaine qui me rend moi-même sceptique : "nous sommes des individus intenses, on a tous une spiritualité, une envie d'exister, de prendre des responsabilités". Pour le coup, je suis plutôt houellebecquien : la plupart des êtres humains, du moins dans notre société, se satisfont d'une existence médiocre, vivent d'un matérialisme vulgaire et fuient les responsabilités. L'homme libéral, investi, énergique, enthousiaste, plein d'initiative et prenant des risques, c'est l'homme supérieur de Nietzsche, alors que le dernier homme domine les sociétés contemporaines (voir le billet "Jour de deuil pour l'Europe"). Au passage, rappelons que Houellebecq déteste Nietzsche.

5- La religion : Macron emploie à plusieurs reprises le terme de "spiritualité", à laquelle les hommes accèdent par leur "autonomie". "Aujourd'hui, dit-il, la vraie lutte se joue entre le capitalisme et les religions". Elles seules, désormais, non plus les idéologies politiques, ont le sens de l'absolu. Le bonheur n'est plus à chercher dans la politique, mais dans la religion. "La République, c'est toujours une façon d'organiser les accommodements". La laïcité de Macron n'est donc pas antireligieuse, l'émancipation de l'homme passe au contraire, si c'est son choix, par la "spiritualité". Mine de rien, c'est toute une rupture avec une certaine vulgate de gauche. Houellebecq, à son habitude, n'est pas aussi réjoui : "la relation entre religion et république est conflictuelle dans son principe même" (pas d'accord).

6- Droite et gauche : on a reproché à Emmanuel Macron de refuser ce traditionnel clivage. Il n'en est rien : "L'enjeu n'est pas de nier le clivage mais de le déplacer. Au fond, de le restaurer entre progressistes et conservateurs". C'est ce qui n'a pas cessé de se faire depuis deux siècles, droite et gauche évoluant, prenant de nouvelles définitions. C'est le mouvement même de la vie, le changement.

7- L'Europe : Macron est évidemment son fervent défenseur, contre un Houellebecq évidemment sceptique bougon. "L'Europe, c'est trop grand, ça ne peut pas marcher", lâche l'écrivain, hostile à toute forme de grandeur, adepte de cette moyennitude qui est la marque de notre société. A l'inverse, Macron s'extasie : "L'idée que l'on puisse vivre en paix dans cet espace est un progrès de civilisation colossal. Le génie de Mitterrand a été de transmuer le rêve français en rêve européen". Mais l'homme moyen que représente Houellebecq n'est ni un colosse, ni un génie, ni un rêveur ! Il fréquente Monoprix et va au Club Med ...

8- Souveraineté et protection : Emmanuel Macron les répète en fin d'entretien, et Michel Houellebecq pour une fois tombe d'accord avec lui. Le ministre social-libéral défend la souveraineté économique de l'Etat dans certains secteurs-clés et la protection sociale de la population. Il prend notamment partie pour l'acier français, contre l'acier chinois, dont il ne veut pas que dépende notre pays. Houellebecq est content.

vendredi 24 juin 2016

Jour de deuil pour l'Europe



La victoire du Brexit, c'est d'abord la défaite de la démocratie. J'ai constamment été hostile à toute forme de référendum (sauf au niveau local). La procédure référendaire est faussement démocratique et réellement antirépublicaine. La volonté du peuple ne consiste pas à dire oui ou non (c'est la réponse de l'âne, trop facile, très bête), mais à se prononcer sur des projets, à s'engager, à prendre ses responsabilités, à travers ce qu'on appelle des élections, et pas des référendums. Celui d'Angleterre a produit les vices inhérents à cette procédure : on ne répond pas à la question, on ne sait même pas ce qu'elle est vraiment, on s'en moque d'ailleurs, on se laisse aller à la démagogie. Tout référendum correspond parfaitement à cette boutade de Woody Allen : "je ne sais pas quelle est votre question, mais ma réponse est non !"

Du moins, le résultat aura-t-il un bénéfice, un seul : mettre fin à la légende d'un peuple qui se soulève contre l'élite (en l'occurrence européenne). Parce qu'à 51% contre 49%, on est encore très loin de pouvoir accréditer ce mensonge. Autre mensonge qui se dégonfle : l'anti-Europe, ce n'est pas le désir d'une hypothétique et fantasmatique autre Europe. Le Brexit, c'est le refus pur et simple de toute forme d'Europe. C'est une leçon qu'il nous faut aussi retenir. Le mérite d'un scrutin, c'est qu'il révèle une part de vérité. Ici, c'est qu'il n'y a pas de majorité ou d'alternative gaucho-facho, populiste, souverainiste, nationaliste pour construire une soi-disant autre Europe. En revanche, gauche social-démocrate et droite centriste peuvent concevoir ensemble un projet européen.

J'ignore quelles seront les conséquences économiques du Brexit, je ne suis pas économiste. Les milieux d'argent se satisfont de toutes les situations politiques. Historiquement, ils se sont sentis à l'aise aussi bien dans l'Amérique libérale que dans l'Allemagne totalitaire. Même avec les régimes communistes, ils n'ont pas cessé de commercer et de profiter. "Les affaires sont les affaires", comme on dit. La victime du référendum, c'est l'Europe, pas le marché ou le capitalisme.

Quels sont les ressorts de ce mouvement anti-européen ? Je vais tenter de l'éclairer avec les connaissances qui sont les miennes, et qui valent bien le savoir économique. Ce qui l'a emporté hier au Royaume-Uni, c'est ce que Nietzsche appelait "le dernier homme", l'individu moderne, qui ne croit plus en rien, a peur de tout, rejette toute forme de grandeur, se replie sur lui-même, vaque à des occupations médiocres, est mu par le ressentiment, est profondément nihiliste (il dit non à tout). Cet homme-là, majoritaire dans les sociétés modernes selon Nietzsche, ne peut être qu'anti-européen (selon moi cette fois). Car l'Europe au XXIème siècle, c'est l'aventure, le risque, la grandeur, la nouveauté, l'Histoire, l'espoir, l'utopie comme l'étaient la République au XIXème siècle ou le socialisme au XXème siècle.

La victoire du Brexit, c'est la victoire du conservatisme le plus plat (on ne change rien) comme de la pensée la plus réactionnaire (c'était mieux avant). C'est le triomphe de la peur, du mensonge, de la haine et de la bêtise. C'est la domination de ce qu'il y a de plus bas, de moins noble dans l'humanité : l'irrationnel, l'esprit obtus, borné, enfermé derrière ses frontières, qui sont aussi mentales, le repli sur soi, le rejet de l'autre. Le plus progressiste des anti-européens est encore plus réactionnaire que le plus réactionnaire des pro-européens. On a tort de surinvestir dans les explications économiques et sociales. C'est plus profond qu'il faut aller chercher les causes.

Derrière tout cela, il y a une grande angoisse et une vaste hypocrisie. Les Britanniques sont d'autant plus les fondateurs de l'Etat-nation qu'ils sont des insulaires. Tout projet fédéral les révulse, leur semble contraire à leur identité. Mais ça ne les a pas empêché de constituer un immense empire à travers toute la planète, qui leur a permis d'asservir et d'exploiter de nombreux peuples. Quand ils jugent aujourd'hui l'Europe comme étant "totalitaire", c'est bien sûr, venant d'eux surtout, une gigantesque rigolade. D'autant que la Grande-Bretagne a été le pays d'Europe le moins contraint par l'Europe, bénéficiaire de nombreuses dérogations, sans l'Euro, sans Schengen.

Ce matin, c'est l'extrême droite, dans tous les pays d'Europe, qui jubile, qui relève la tête, qui se met à espérer. La victoire du Brexit, c'est la victoire de ses idées, y compris sous d'autres habits idéologiques. Il va falloir, d'urgence, que les pro-européens se réveillent, prennent l'initiative, passent à l'offensive. D'abord en dépassant, comme le propose Emmanuel Macron, le clivage droite-gauche, qui n'est plus opératoire sur ce sujet. Ensuite, il faut interdire tout référendum national sur l'Europe, pour les raisons que j'ai indiquées au début. En toute logique, c'est au niveau européen que les consultations sur l'Europe doivent être organisées, avec des résultats qui doivent être pris dans leur globalité, et non plus localement.

Mais l'essentiel pour les partisans de l'Europe, c'est d'aller plus loin dans la définition de leur projet. J'aime beaucoup Jacques Delors, européen convaincu, mais sa théorie d'une Europe du noyau dur, à la carte ou par cercles concentriques ne tient pas. L'Europe n'est pas un fruit, une auberge ou une salle de gymnastique ! Il faut une Europe intégrée, fédérale, politique, souveraine, militaire, pas une moitié d'Europe telle que nous la connaissons depuis 70 ans et qui ne convainc pas grand monde, même si c'est mieux que rien à mes yeux (mais je n'ai pas besoin d'être convaincu). Au lieu de s'écharper inutilement avec les anti-européens, c'est plutôt entre pro-européens que le débat doit avoir lieu, pour affiner leur projet.

Quel est aujourd'hui le problème de l'Europe ? C'est d'être trop démocratique ! Chaque mesure qu'elle prend doit être soumise au vote des Parlements nationaux. Dans ses instances dirigeantes, c'est trop souvent la règle de l'unanimité qui prévaut, pour ne jamais rien imposer à personne contre sa volonté. Sur ce point, on constate que l'ingratitude des peuples est aussi grande que l'ingratitude des rois, aidée par l'ignorance et la mauvaise foi. Ce qui manque à l'Europe, c'est l'autorité, la souveraineté, j'ai presque envie de dire la transcendance, rendues difficiles par son extrême souci démocratique, qui la paralyse dans l'élaboration de ses institutions et de son projet. Avec Charlemagne, Napoléon ou Hitler, une certaine Europe s'est faite dans la conquête, la guerre et le sang. Aujourd'hui, il nous faut penser à une République européenne, pacifique, progressiste. Le chemin est encore long, il ne fait que commencer depuis quelques décennies, toute grande entreprise historique est soumise à cette patience. Mais c'est toujours mieux que revenir en arrière, c'est-à-dire aller nulle part.

jeudi 23 juin 2016

Une manif pour parler et pour rire



Jamais manifestation n'aura autant fait parler d'elle, du moins dans la journée d'hier. Demain, tout sera oublié. Comme on a un peu oublié son objet, la loi travail, pour se focaliser sur la manif en elle-même et le problème des casseurs. Avec l'apparition d'un vocabulaire nouveau, étrange, surprenant : on ne parle plus de défilé, mais de manifestation itinérante ; il n'est plus question de rassemblement, mais de manifestation statique. Tout ça pour aboutir à une manifestation qui n'est ni itinérante, ni statique, mais circulaire, puisque les manifestants vont faire le tour d'un bassin. Ces subtilités dans le langage feront date.

De même, l'inflation des qualificatifs pour viser l'attitude du gouvernement est remarquable : cafouillage, désastre, rétropédalage, volte-face, hésitation, couac, pataquès, c'est ce que j'ai entendu ou lu, et j'en passe, sûrement. Une sorte de surenchère verbale a saisi la plupart des commentaires. L'époque n'est pas à la sobriété, mais à l'ivresse langagière, sans rapport avec la réalité. Car que s'est-il réellement passé ? Une très ordinaire négociation entre parties prenantes : la préfecture de police qui est en charge de la sécurité, les syndicats qui tiennent à revendiquer et le gouvernement qui a autant en charge de garantir l'ordre public que le droit constitutionnel de manifester.

La police voulait interdire, les syndicats souhaitaient défiler et le gouvernement préférait un rassemblement. La discussion a abouti à un honorable compromis, acceptable par tous : la police autorise, les syndicats ont leur défilé, mais raccourci, le gouvernement se satisfait que la liberté soit maintenue et que l'ordre soit assuré. Pourquoi une telle procédure, habituelle, avec son résultat, normal entre gens de bonne volonté qui ont un même intérêt, qu'il n'y ait pas de violence ni de casse, a-t-elle provoqué dans la journée d'hier et encore ce matin un déluge d'avis et de moqueries disproportionnés à la réalité des faits ? Il faudrait qu'un sociologue des médias et des comportements collectifs nous l'explique.

Je veux bien tenter de répondre en philosophe. Première explication, nous avons un rapport au temps complètement fractionné, instantané. Les médias radiophoniques et surtout télévisés découpent la journée en fines rondelles de saucisson. La durée est vécue par tranches ou par épisodes, comme dans une série américaine. Hier, nous avons suivi heure par heure les évolutions de la situation. Ce qui n'était que les nécessaires allers et retours d'une négociation a été présenté comme une séquence incohérente signant la défaite du gouvernement, alors que c'est exactement le contraire : la proposition du ministre de l'Intérieur a été retenue, ce qui est d'ailleurs logique, une négociation allant plutôt dans le sens de ceux qui détiennent le pouvoir. Drôle d'époque qui fait dire l'inverse de ce qui est, qui rend exceptionnel des démarches ordinaires, qui fait de pas grand chose un événement.

Deuxième explication, la classe politique et les commentateurs médiatiques, à l'instar de toute la société, sont passés d'un langage littéraire, il y a encore une trentaine d'année, à un langage technique, fait de précisions inutiles et de complexité croissante. Comme nous parlons, nous pensons : la technique, c'est le monde des problèmes, qu'il faut sans cesse trouver et sans cesse régler. La manifestation d'aujourd'hui, c'était le problème d'hier, et demain, ce ne sera plus rien, un épisode remplacé par un autre, dont on se rit en l'évoquant.

mercredi 22 juin 2016

Lamentable Brexit



Demain, à cette heure, l'Angleterre aura peut-être quitté l'Europe. Je ne sais pas si ce sera alors une victoire de l'Angleterre : je ne suis pas anglais. Mais ce sera à coup sûr une défaite de l'Europe, et je suis totalement européen. Même si mon camp l'emporte d'un cheveu, il aura perdu. Pendant toute la campagne, les anti-européens auront réussi à imposer leurs thèmes, à faire tourner le débat autour d'eux, et pas autour de l'Europe.

La principale victoire idéologique, que je déplore mais que je suis bien obligé de constater, c'est d'avoir introduit dans les têtes cet horrible mot de Brexit, ce néologisme que même les médias français et notre classe politique ont repris à leur compte, pour le défendre ou s'y opposer. Le mal était fait : en politique, quand on se met à parler comme l'adversaire, c'est qu'il a déjà gagné la bataille du langage. En Angleterre, c'est à propos de la sortie de l'Europe (terme exact) qu'on s'est affronté, pas sur le maintien dans l'Europe, qui est pourtant la réalité actuelle, d'où il aurait fallu partir.

Quand on a suivi un peu cette campagne référendaire, comment ne pas faire le rapprochement avec ce qui s'est passé chez nous en 2005, autour de l'adoption de la Constitution européenne ? Même prise du pouvoir, dans l'espace médiatique, par les anti-européens, même hystérie, même flot de mensonges. Si on m'avait dit qu'un jour l'Europe déclencherait des passions ... J'ai connu l'époque, il y a une quarantaine d'années, où elle provoquait des bâillements quand le sujet était abordé, tant il semblait lointain et administratif, et pas du tout essentiel et politique. Tant mieux d'ailleurs qu'aujourd'hui il fasse réagir violemment : c'est le signe de son importance, mais j'aimerais qu'il soit traité autrement, de façon plus rationnelle.

Les européens sont en partie responsables de la situation actuelle et de leur propre perte d'influence, et ce qui s'est passé en Angleterre ces dernières semaines l'a confirmé. Ils sont trop timorés, sur la défensive, se contentant bien souvent d'inscrire l'Europe dans une sorte de fatalité historique peu prompte à l'enthousiasme, ou alors à jouer sur le catastrophisme en cas de rupture avec l'Union. Ce sont des arguments faibles et prudents. Il nous faudrait des européens audacieux, lyriques et offensifs.

Le paradoxe, c'est que les partisans de l'Europe apparaissent comme des modérés, de pauvres réalistes, des timides et finalement des conservateurs de l'ordre établi, alors que la vérité est à l'opposé : le projet novateur, radical, historique, c'est celui de la construction européenne et de ses transferts de souveraineté, une véritable révolution politique et idéologique, alors que les anti-européens souhaitent simplement que les choses restent en l'état. De même qu'est née il y a trois siècles l'Etat-nation, de même est en train de naître sous nos yeux, depuis quelques décennies, un fédéralisme continental unique en son genre, que les anti-européens veulent faire avorter.

Les anti-européens, en Angleterre comme en France, sont égaux à eux-mêmes, depuis une vingtaine d'années : virulents, violents, haineux, déversant sur l'Europe leur ressentiment, anti-élite, anti-oligarchie, anti-tout, populistes déchaînés. Dans cette rage anti-européenne, les extrêmes se rejoignent, se complètent, s'entre-excitent, gauche radicale et droite néofasciste. En Angleterre, la campagne électorale a été horrible, xénophobe, nationaliste, assimilant l'Europe à l'immigration. Les grands gagnants de l'anti-Europe, c'est toujours l'extrême droite, qui a cessé d'être européenne depuis que les fascismes ne dominent plus le continent.

Demain, nous verrons bien. Mais il est urgent, et depuis longtemps, que les européens de gauche et de droite se retrouvent, s'unissent d'une manière ou d'une autre, repartent à la conquête de l'opinion, fassent ce que les anti-européens de gauche et de droite réussissent si bien depuis une quinzaine d'années. A l'axe Le Pen-Mélenchon-Dupont-Aignan, opposer l'axe Hollande-Juppé-Bayrou.

mardi 21 juin 2016

Macarez sans la politique



Lors de la cérémonie des vœux du Nouvel An, madame le maire m'avait convié à la rencontrer, dans son bureau, pour discuter de mes activités, de politique et autres sujets. Le rendez-vous a eu lieu en avril, où j'ai proposé à Frédérique Macarez de nous revoir, pour faire d'elle un portrait personnel, pas politique. D'abord parce que, n'ayant pas les mêmes idées, nous risquions de nous fâcher. Et si j'aime bien me fâcher avec Xavier Bertrand, j'aime moins avec Frédérique Macarez !

Ensuite, la presse locale traite parfaitement des questions politiques ; je n'allais pas m'y substituer. Surtout, je voulais savoir ce qui se cachait derrière cet éternel sourire, cette apparente gentillesse, ce visage parfois enfantin, cette sympathie immédiate que provoque madame le maire lorsqu'on discute avec elle. Mais je me méfie de l'eau qui dort, principalement en politique. Le tête-à-tête s'est déroulé ce matin, en mairie. Ai-je réussi à percer le mystère de Frédérique Macarez ? A vous de juger.

Je commence l'entretien, entre portrait chinois et questionnaire de Proust, par la femme : est-elle féministe ? Elle est réticente à employer ce terme, ne veut pas en faire quelque chose de doctrinaire mais adhère complètement au combat pour les femmes. Pour preuve, son mémoire de fin d'études, consacré à la loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse. Je lui demande ce qu'elle garde de féminin dans l'exercice de ses fonctions : l'intuition, qui aide à la décision, la maternité, qui influe sur les sentiments.

La mère, justement : ses deux petites filles sont souvent en sa compagnie dans les cérémonies publiques. Ce n'est pas banal : est-ce un plan com, une recherche d'image ? Frédérique Macarez réfute : ses enfants à ses côtés, c'est pour passer plus de temps avec eux, ce qui n'est pas toujours facile quand on est maire. Mais pas d'exposition médiatique, pas d'intention politique (elle souhaite d'ailleurs les préserver des photos dans la presse).

Une femme aussi occupée a-t-elle le temps et surtout le goût de cuisiner ? Je ne la voyais pas aux fourneaux, mais si, elle aime beaucoup, et c'est un plaisir hérité de sa famille. Sa préférence et ses compétences vont à la cuisine à l'ancienne, les bons petits plats qu'on laisse mijoter longtemps, le bourguignon, le pot-au-feu, l'osso bucco. Frédérique Macarez me parle des odeurs, des sensations, du retour à l'enfance. Heureusement qu'il est 8h30, sinon je pourrais presque avoir faim à l'entendre.

C'est bien joli tout ça, mais passons aux choses sérieuses : madame le maire n'est-elle pas une fausse gentille, comme on en rencontre en politique ? Non, elle n'accepte pas ce terme. Sa gentillesse vient d'un naturel optimiste et d'un solide bon sens : dans la vie, mieux vaut être de bonne que de mauvaise humeur. Elle estime avoir un devoir d'affabilité, en tant que femme publique : ne pas faire porter ses problèmes personnels par les autres. Un mot revient à plusieurs reprises dans notre échange : légèreté, à quoi Frédérique Macarez tient, qui n'est pas pour elle incompatible avec le sérieux dans le travail. Son sourire ? Il est de famille. Et puis, elle n'aime pas la méchanceté, la moquerie.

Bon, d'accord, mais je lui rappelle les trois A, selon moi, de la politique : Ambition, Adversité, Autorité. Que devient la gentillesse dans tout ça ? Je tiens à saisir son côté obscur, qui est en chacun de nous. Quel est le défaut, la limite, la faiblesse de Frédérique Macarez ? L'impatience, prix à payer de son exigence (toute qualité a comme revers un défaut). Elle n'est pas colérique, mais il lui arrive de s'énerver, et même de crier, d'être directe, brutale, explosive, pas policée, mais sans aller jusqu'aux objets qui volent. Tout de même, c'est une surprise : je la voyais si douce ... Elle a sans doute cette violence rentrée des gens calmes, qui fait mal quand elle se réveille.

Qu'est-ce qui est le plus difficile en politique ? Faire les bons choix, ne pas se tromper, assumer la solitude dans la décision à prendre, me dit le maire. La qualité morale qu'elle apprécie par dessus tout chez les autres ? L'honnêteté. Et sa qualité à elle ? La détermination, la concentration, la force de travail. Qu'est-ce qui la révolte ? L'injustice, bien sûr, mais sur un plan plus personnel, la non maîtrise des choses, le travail mal fait, les positions irréfléchies. Je sens en elle une redoutable et peut-être maladive perfectionniste.

Nous parlons d'Histoire, de grands hommes. Où vont ses admirations ? Simone Veil, courageuse, Charles de Gaulle, romanesque, et, plus étonnant, Napoléon Bonaparte, fin tacticien. A Sciences-Po, Frédérique Macarez s'est passionnée pour l'empereur et son art militaire. Elle adhère à la notion pourtant contestée d'homme providentiel, non tant pour la personne et ses inévitables travers que pour les valeurs morales qu'elle incarne. Il n'empêche que Macarez intéressée par un conquérant, c'est inattendu ! De même, quand je lui demande ses périodes historiques préférées, ce n'est pas le Moyen Age ou la Renaissance qu'elle cite, mais les deux dernières guerres mondiales.

Retour à la légèreté : qu'est-ce qui la fait rire ? L'humour populaire, à la façon des Grosses Têtes, qu'elle écoute dans sa voiture, le week-end, ou bien Anne Roumanoff, Nicolas Canteloup et Laurent Gerra. Qu'est-ce qui lui fait peur ? L'évolution du monde, la montée de l'obscurantisme, du sectarisme. Frédérique Macarez doute d'une amélioration de l'humanité. Autant elle est optimiste dans l'action, autant elle est pessimiste dans ce qu'elle voit du cours des choses. Je sens la gravité revenir, la part d'ombre aussi, le malheur. A-t-elle peur de la mort ? Non, elle n'y pense pas, mais elle a été frappée très jeune, à 18 ans, par le décès de son père, qui l'a marquée pour toujours, qui explique ce qu'elle est et ce qu'elle fait aujourd'hui, en grande partie. Un cancer l'a emporté en six mois, elle a assisté à ses derniers instants, à son ultime regard avant de disparaître, en pleine conscience. Les quatre enfants étaient autour du lit, avec sa mère, à la maison.

Quel est le livre de chevet de madame le maire ? Le Petit Prince, de Saint-Exupéry, et dans la littérature récente, Khaled Hosseini, l'écrivain afghan, avec Mille soleils splendides et Les Cerfs-volants de Kaboul, des romans où la légèreté et le bonheur n'ont pas leur place. En peinture, ses goûts vont aux impressionnistes, Monet, ses cathédrales de Rouen. Frédérique Macarez essaie de se réserver une journée dans l'année (seulement !) pour une visite à Paris. Son moment magique, c'est Noël, le Grand Palais qui se transforme en patinoire géante sous sa magnifique verrière. Le rêve !

La musique est essentielle à sa vie, à la détente, dès le matin et jusqu'au soir, surtout le rock et la guitare. Le maire me fait entendre Madness, du groupe Muse, sur la playlist de son mobile. Elle évoque la chanteuse Sia, Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, les Stones et les Beatles, mais aussi Carmen et le Lac des Cygnes. Côté cinéma, où elle ne peut guère aller, Heidi est le récent film qui l'a enchantée. Dans un genre complètement opposé, Frédérique Macarez aime le jeu de Leonardo DiCaprio (Les Infiltrés, Blood Diamond), le Parrain de Coppola et Quentin Tarentino, en particulier Django unchained. Pas vraiment du cinéma pour fillettes ! Notre maire avoue ne pas être du tout sportive, mais elle promet de s'y mettre, pour le muscle et la santé.

Allais-je la quitter sans lui parler de Dieu, comme autrefois Jacques Chancel à ses invités ? Lors d'une cérémonie religieuse, un mariage à la basilique, j'avais remarqué chez elle une certaine ferveur, qu'on ne rencontre pas toujours chez les participants. Frédérique Macarez est d'un esprit plutôt rationnel, mais oui, la foi a un sens pour elle, est importante dans sa vie, même si sa pratique n'est pas quotidienne. Elle me rapporte un mot charmant de sa fille, un soir au bord de son lit : "Maman, Dieu te parle à toi ? Moi, il ne me parle pas ... " Qu'il est grand le mystère de la foi ! : c'est la formule liturgique. Bien sûr, madame le maire me précise qu'elle ne mélange pas les genres et que ses convictions religieuses n'interfèrent pas dans sa vie politique. Le laïque que je suis, et lecteur de Pascal, avait compris.

Voilà, c'est terminé, la conversation s'arrête là, au bout de 45 minutes. Un autre visiteur va prendre ma place. Qu'est-ce que j'ai appris de cette rencontre ? L'osso bucco, le groupe Muse, la chanteuse Sia et l'écrivain Khaled Hosseini, qu'à ma grande honte je ne connaissais pas. Et elle, Frédérique Macarez, qui est-elle ? Une enfant ou une Amazone ? Une femme heureuse ou blessée ? Une main de fer ou un gant de velours ? La seule certitude, c'est qu'elle est maire de Saint-Quentin. Nous n'avons pas parlé de politique, mais il y a peut-être de la politique dans ce que nous avons dit.