lundi 25 avril 2016

Interruption



Interruption du blog. Reprise dimanche prochain.

dimanche 24 avril 2016

Soyons vivants avant d'être morts



Les indigènes de Mézières-sur-Oise étaient hier soir vaguement inquiets. Des étrangers déferlaient sur le village, des voitures campaient dans les rues habituellement vides. D'un chapiteau sortait un boucan d'enfer. Heureusement, le café Le Sportif était bourré : quand le commerce va, tout va ... A l'intérieur, c'était le régime bière et croque-monsieur.

Du jambon, il n'y en avait pas qu'entre les tranches de pain beurrées : sous la tente chauffée, Ze Jambons se défonçaient (vignette gauche). On ne pouvait pas les rater : c'est écrit sur leurs cravates noires, en lettres roses. Ce rock musette marie fort bien la guitare et la batterie avec le violon et l'accordéon. Les ex Jambons roulés macédoine (ils ont changé, le titre était trop long) amusent et interpellent : SDF, chômage, FN, c'est du rock engagé. Plus d'un électeur frontiste du bled a dû trembler en entendant crier contre "la grosse blonde" (dixit Ze Jambons).

Peu de djeun's, des tronches quadra et quinqua, la tranche d'âge ... et de jambon, poivre et sel. Voilà le public des Jambonos et des Jambonotes, avec ses slogans et son parler : banané, comprenez bonne année, qui vaut pour toutes les fêtes. Jambon de ta mère, lardon de ton père, ce n'est pas une insulte, c'est un signe de reconnaissance, comme chez les scouts. Un type torché gueulait sans cesse : Jouez Noir Désir ! Jouez Noir Désir ! Il avait dû se tromper de concert.

Ze Jambons n'étaient pas venus seuls : les Darons suivaient sur scène (vignette droite). Ce ne sont pas tout à fait des papys du rock, mais ils ont quand même trente ans de guitare et de batterie dans les pattes. Bon, vous avez compris : ce rock très festif prenait sa place dans le Festival des Bistrots, en vallée de l'Oise, afin d'animer les villages et de valoriser les groupes locaux. Le titre de ce billet ? C'est un private joke entre Jambonos et Jambonotes, un clin d'œil à Vincent, qui a rejoint le paradis des rockers.

samedi 23 avril 2016

Je te tiens, tu me tiens ...



Nous vivons dans une étrange société, où un simple mot peut provoquer tout un débat, interpeller ministres et responsables politiques, susciter analyses et commentaires, applaudissements et approbations. Plus nous parlons mal, plus notre langage devient approximatif, plus les mots gagnent en importance. Voilà un curieux paradoxe. Jeudi, c'est le mot "obligé" qui a tenu la vedette, prononcé par la vedette de ces dix derniers jours, Emmanuel Macron. Qu'a-t-il dit exactement à la presse régionale ? Ceci :

"J'ai une loyauté personnelle envers François Hollande. Je lui dois de m'avoir fait confiance et de m'avoir nommé au gouvernement. En même temps, lorsqu'un président nomme quelqu'un ministre, il le fait parce qu'il pense que c'est bon pour son pays, pas pour en faire son obligé".

C'est très clair, c'est très juste. Franchement, qu'y a-t-il à reprocher à Macron dans cette déclaration ? Fidélité, loyauté, confiance : c'est dit. Mais que seraient ces vertus, nécessaires à la politique comme à la vie, si elles étaient contraintes, forcées, intéressées, obligées ? Elles perdraient de leur valeur, elle deviendrait suspectes. Il n'y a de fidélité, de loyauté et de confiance que dans la liberté, la sincérité. L'expérience montre que les obligés, qui courbent l'échine parce qu'on leur passe la main dans le dos, sont les premiers à trahir, lorsque tourne le vent, et il tourne très vite en politique. C'est l'honneur de Macron de dire ce qu'il a dit. C'est la fierté d'Hollande d'avoir un tel ministre. Qu'est-ce qu'un obligé ? C'est un courtisan qui a réussi et qui continue ses courbettes, jusqu'à faire un croc-en-jambe au moment où les circonstances l'exigeront.

Et puis, un homme de gauche, par nature, par sensibilité, refuse d'être l'obligé de quiconque. Car cette attitude renvoie au comportement féodal, au rapport entre le vassal et son suzerain, à tout un système archaïque et réactionnaire de services rendus et de protection assurée. Au mieux, c'est la chevalerie ; au pire, c'est la mafia. Quel homme authentiquement de gauche peut le cautionner ou le pratiquer ? Pourtant, que des socialistes aient pu s'étrangler en entendant un mot, un simple mot dont ils auraient dû se féliciter, doit avoir un sens. Lequel ?

C'est assez simple : notre vie politique, y compris à gauche, est marquée par la mentalité féodale. On parle d'une circonscription comme d'un fief, d'un successeur comme d'un dauphin, d'une élection comme d'un sacre, d'un chef d'Etat comme d'un monarque, de l'entourage comme d'une cour, etc. Ce ne sont que des images, des métaphores ? Non, pas seulement. Le langage n'est jamais innocent, il est traversé par du sens. Ce qui est vrai au sommet de l'Etat l'est aussi dans un parti, jusqu'à son plus bas niveau.

La politique est souvent faite d'un côté par des personnes en quête de reconnaissance, n'existant pas par elles-mêmes, cherchant le soutien d'un plus puissant, espérant de lui une place, et peut-être sa place, le moment venu. D'un autre côté, la politique est constituée de gens, beaucoup moins nombreux, qui sont en place, qui ont besoin des autres, des premiers, pour être soutenus, défendus. C'est le jeu de la barbichette : je te tiens, tu me tiens ... Le succès en politique, surtout quand on est médiocre, qu'on ne peut pas briller par ses compétences propres, consiste à se rendre indispensable auprès de plus puissant que soi, à qui l'on devient redevable. Contrairement à la fable, on n'y a pas besoin d'un plus petit que soi, mais d'un plus grand. C'est un jeu de contrainte mutuelle, d'interdépendance, de service et de servitude.

A tous les niveaux de la politique, ce système féodal perdure. A droite, c'est normal, c'est en phase avec sa culture historique. Mais à gauche, plus républicaine, libre et égalitaire, cet état d'esprit ne devrait pas être. C'est à travers la banalité d'une formule, franche et honnête, qu'Emmanuel Macron a levé ce lièvre. Si certains ministres et responsables socialistes ont vivement réagi, c'est qu'ils se sont reconnus : ils ont derrière eux, en eux, toute une vie, toute une mentalité d'obligé, j'ai presque envie de dire d'assisté, qui fait ce qu'ils sont, sans laquelle ils ne seraient plus rien du tout, dont ils souffrent quand elle se rompt. Alors que Macron, au fond, s'en fout : qu'il réussisse, tant mieux ; qu'il échoue, tant pis. Le gaillard a suffisamment de talents pour passer à autre chose, sans s'en s'émouvoir beaucoup plus.

Emmanuel Macron sourit, lâche la barbichette et reçoit une tapette, parce que personne ne le tient. Et c'est le drame, le désespoir pour les féodaux, qui auraient sûrement rêvé d'être comme lui, des hommes libres et talentueux, et pas de médiocres et ternes obligés. Macron renverse la table et le trône : il soutient que le recrutement politique doit se faire à la compétence, et pas à l'allégeance. On comprend le scandale auprès de ceux dont la compétence est pauvre mais qui disposent de trésors d'allégeance.

D'un point de vue plus directement politique, le ministre, de Pologne, a visé juste dans son explication : on cherche à affaiblir le président, à attaquer Hollande, on passe par Macron, on retient un mot qu'on monte en épingle, on invente une division au sein du gouvernement. C'est une technique vieille comme le monde politique, dont on voit bien à qui elle profite. Le plus surprenant, c'est que des socialistes participent à cet affaiblissement de leur propre camp.

vendredi 22 avril 2016

Les nouveaux aventuriers




Le festival international Ciné-Jeune revient à Saint-Quentin, mais pour trois jours seulement, ce week-end : les autres rendez-vous sont répartis à travers le département. Hier soir, l'association Cinéma et Psychanalyse a inauguré la première séance, avec le film inédit Surfacing, de Lindsay Mackay. Le nouveau président du festival, François Turquin, qui a succédé à Robert Lefèvre, a souhaité la bienvenue à la nombreuse assistance (en vignette, au micro).

A droite, Bruno Bouchard, que vous pourrez retrouver aujourd'hui dans un atelier grattage sur pellicule, une performance à laquelle on peut participer à partir de 4 ans. A gauche, Joseph Rondeau, psychanalyste, était accompagné d'une psychologue clinicienne pour l'animation du débat qui a suivi la projection. Les multiples activités de ces trois journées sont essentiellement tournées vers les familles, autour du thème : Les nouveaux aventuriers.

A noter, demain à 15h00, un ciné-concert : le Conservatoire de Saint-Quentin illustrera en musique les courts métrages de Norman McLaren. Ce sera la 34ème édition du festival international Ciné-Jeune de l'Aisne !

jeudi 21 avril 2016

Emmanuel, comme un soleil



Le ministre de l'Economie et des Finances est au firmament. Les sondages le propulsent dans les étoiles. Libération d'aujourd'hui le place en tête des préférés pour devenir président de la République, autant chez les sympathisants de gauche que pour l'ensemble des Français. Mais attention aux fusées qui montent trop vite et explosent en vol : cela se voit régulièrement en politique. Peu importe d'ailleurs : ce qui compte, c'est le moteur, la propulsion, l'énergie. Celle de Macron est atomique. Un soleil se lève à gauche, de plusieurs mégatonnes : gare à ceux qui vont y brûler leurs ailes !

Dans l'édition d'hier du quotidien belge Le Soir, Emmanuel Macron continue à esquisser cette nouvelle culture politique qu'il a explicitée lors du lancement de son mouvement En Marche. Carriériste, il ne l'est pas. Nulle intention chez lui de prendre un ticket dans la file pour avoir un jour une bonne circo, une place au chaud pour la députation, pris en main par un ancien qui vous laisse le siège. Macron a une tête d'ange, pas de dauphin. Quand on est le soleil, on n'a pas besoin de se chercher une place au soleil.

Sur France 2, il y a une semaine, Emmanuel Macron s'est fait le défenseur de la bienveillance en politique, une vertu pas ordinaire dans le secteur, qu'il a résumée ainsi : "Je n'ai pas besoin de m'opposer aux autres pour exister". Et ce n'est pas parce que c'est dit par une gueule d'ange que c'est de l'angélisme : c'est au contraire réaliste, souhaitable, utile, ça nous change de la vieille gauche rhumatisante, cynique, jalouse et méchante. Macron est un personnage solaire, lumineux, positif, optimiste, qui tranche avec les affreux, les bourricots, les scrogneugneux.

Sa dernière sortie a torché le nez à l'ISF, impôt de solidarité sur la fortune, que paient les riches. Manuel Valls, de son air sombre, inquiet et inquisiteur, a dénoncé une "faute". Réfléchissons un peu : l'ISF a été créé en 1981, c'était une mesure symbolique pour montrer que les nantis devaient participer à l'effort collectif. Il y a 35 ans, c'était très bien. Mais quel est le bilan aujourd'hui ? Combien rapporte cet impôt dans les caisses de l'Etat (parce que c'est quand même pour ça qu'est d'abord fait un impôt) ? Toujours plus que s'il n'existait pas, c'est certain. Mais encore ? Pas grand chose en vérité.

Mais surtout, et un homme de gauche est sensible à ça, est-ce que l'ISF a réduit les inégalités en France ? Est-ce qu'avec lui les riches sont moins riches et les pauvres moins pauvres ? Réfléchissez à ça, faites un peu moins de morale punitive et un peu plus de politique, de justice sociale. Surtout, soyez honnêtes, engagez-vous dans la réflexion que lance Macron en prenant bien en compte deux éléments : le premier, c'est que la gauche promet depuis une éternité une grande réforme de la fiscalité qui ne vient jamais.

Le deuxième élément, c'est qu'une vraie réforme de gauche en matière d'impôts ne se focalise pas sur l'ISF, le revenu, mais sur l'héritage, la rente. Car l'inégalité criante, l'insupportable injustice vient de là : cet argent qui dort, comme disait François Mitterrand, qui ne s'investit pas, qui reste dans les familles, qui se transmet de génération en génération, qui gonfle les fortunes sans travail, sans mérite, sans intelligence. Quand on sait que les Etats-Unis, affreusement capitalistes, taxent beaucoup plus l'héritage que la France tellement sociale, mais encore marquée par son passé aristocratique, où l'héritage est sacré ...

Taxer l'héritage : est-ce libéral ? oui ; est-ce social ? oui aussi. Un peu de libéralisme conduit à beaucoup de socialisme : c'est finalement la philosophie du ministre présidentiable. La vraie sortie de Macron ne porte pas sur la suppression de l'ISF, mais sur la taxation de l'héritage. Même les Nuit Debout ne sont pas assez révolutionnaires pour proposer ça ! Mais c'est la lune qui éclaire leurs débats, pas le soleil.

mercredi 20 avril 2016

L'affiche rouge



Sur l'affiche de la CGT dénonçant les violences policières, que dire qui n'ait été dit ? Consternant, accablant, irresponsable, condamnable ... Le rejet a été quasiment unanime. Même le NPA n'aurait pas osé cette affiche-là, qui est violente dans sa dénonciation de la violence. Qu'est-ce qui a pris la CGT de faire ça ? Car le plus étonnant est là : cette affiche ne lui ressemble pas du tout. Ce grand et respectable syndicat a toujours pris soin de se démarquer, avec raison, de toute forme de gauchisme, se montrant souvent intraitable avec ses représentants. Alors, que se passe-t-il ? La CGT nous joue un très mauvais CRS-SS, qui n'est plus de notre temps.

L'explication est sans doute dans la radicalisation de la scène politique. Tout propos modéré aujourd'hui passe mal. De ce point de vue, la montée de l'extrême droite a radicalisé plus ou moins toutes les familles politiques. Nuit Debout est une illustration de cette radicalité. A l'intérieur même du PS, les frondeurs surfent sur la surenchère. Emmanuel Macron, qui n'est pourtant pas un jusqu'au-boutiste, a martelé plusieurs fois dans le discours de lancement de son mouvement qu'il était favorable à des réformes radicales. La CGT n'échappe pas à ce phénomène de radicalisation, d'autant qu'elle est concurrencée sur sa droite par la CFDT et sur sa gauche par SUD et qu'elle pourrait bien perdre son titre de premier syndicat de France aux prochaines élections professionnelles. Que l'affaire de l'affiche surgisse à l'ouverture de son congrès n'est pas indifférent.

Ce petit scandale l'est d'autant plus qu'il contraste avec l'image qu'on se fait de la police depuis les attentats de l'an dernier. Les temps ont bien changé : l'anarchiste Renaud chante qu'il a embrassé un flic et les manifestants du 11 janvier 2015 applaudissaient la police, du jamais vu dans notre histoire. Ce nouveau rapport à la police est d'ailleurs étrange et ambigu : pour ma part, présent dans le défilé parisien, je n'ai pas applaudi au passage des cars de CRS. Outre le fait que les applaudissements ont tendance à se généraliser dans notre société (on applaudit dans les églises, dans les cimetières, après les minutes de silence et à tout moment dans les émissions de télévision), je ne vois pas pourquoi on applaudirait des fonctionnaires qui ne font que leur métier. Est-ce que j'attends des élèves ou de leurs parents qu'ils m'applaudissent à la fin d'un cours ? L'applaudissement en faveur d'une police qui accomplit ses missions me semble inapproprié. A ce compte-là, qui ne va-t-on pas applaudir ?

Qu'est-ce qui explique ce comportement inédit de la part de nos concitoyens, maintenant si prompts à battre des mains ? Je crois que c'est ce sentiment de peur, d'un peu toute chose, qui a gagné l'opinion publique depuis quelques années, obsédée par sa propre sécurité. Nos nouveaux anges gardiens, ce sont les CRS et les flics ! Cette évolution de leur image est ambivalente. Nous aimons les policiers pour ce qu'ils ne sont pas : des protecteurs. Or, leur métier, c'est la répression. Et ça, nous avons du mal à l'accepter. Lors des récentes manifestations lycéennes, les réseaux sociaux se sont indignés d'images de CRS frappant des jeunes gens. Le maintien de l'ordre est à ce prix. Un CRS ne sera jamais ce que nous rêvons de lui, infirmier, éducateur ou assistante sociale. Comme un enseignant doit gueuler et punir si nécessaire, un CRS doit charger et matraquer quand il le faut.

A bien y réfléchir, l'affiche polémique de la CGT doit moins à un gauchisme passé de mode qu'à une sensibilité très actuelle : l'injonction au respect, qui interdit de crier ou de lever la main sur quiconque, sauf à provoquer un scandale. Si cette affiche est excessive, outrancière, hyperbolique, c'est qu'elle nous dit qu'on ne peut aujourd'hui toucher à personne, et surtout pas à nos chers petits. Total respect, comme disent les jeunes. Mais le respect n'est pas la vie, et encore moins la justice. Pour ma part, j'estime qu'on ne peut respecter que les gens respectables : aux autres le mépris, la paire de claques ou la matraque.

Il y a quelques semaines, j'ai accompagné mes classes au forum des carrières et des formations, au palais des Sports de Saint-Quentin. La police tenait un stand. Une de mes élèves s'est informée. La policière de service, pour connaître ses motivations, a demandé à l'élève quelle idée elle se faisait du travail de policier : "secourir les victimes", a-t-elle répondu. Non, a corrigé la policière : "pourchasser les coupables". Je n'ai pas applaudi, mais le cœur y était.

mardi 19 avril 2016

Macron à votre porte



Dring dring, toc toc, vous ouvrez, et qui voilà ? Non, ce n'est pas l'archange Gabriel, même s'il a une annonciation à faire ; c'est Emmanuel Macron. Lui ou bien l'un de ses marcheurs, membres du mouvement politique qu'il a fondé dernièrement, En Marche, et qui a décidé de se lancer, en mai, dans une vaste opération de porte-à-porte. L'initiative a pu faire sourire : normal, quand un ange passe ... Mais c'est que l'image de Macron est associée à des cercles de réflexion, des dorures ministérielles, pas à des cages d'escalier. Il faudra s'y faire, ça va changer.

L'idée n'est pas nouvelle ? Si, complètement ! Certes, le porte-à-porte est une technique ancienne, qui a même été redécouverte ces dernières années. Mais l'opération de Macron est inédite dans son genre. Jusqu'à présent, le porte-à-porte procédait d'une intention électorale : les militants vous souhaitaient le bonjour parce qu'ils avaient des voix à mendier. Aussitôt l'élection passée, plus de porte, plus de porte à porte, plus de militant : je me suis toujours opposé à cette façon de faire, désobligeante, intéressée et, au demeurant, inefficace.

A Saint-Quentin, la gauche peut s'essouffler à rabattre des voix en allant d'appartement en appartement, ça ne lui rapporte strictement rien. Ce n'est pas dans le court laps de temps d'une campagne électorale qu'on prend son bâton de pèlerin (ou qu'on fait semblant, car combien de ces porte-à-porte sont effectifs ?), c'est en dehors, dans le temps beaucoup plus long où l'on cherche sincèrement à se pencher sur les problèmes des gens, à aller à leur rencontre, à discuter avec eux. Les porte-à-porte d'Emmanuel Macron ne seront pas la mise sur pattes de vendeurs ambulants chargés de refourguer leur camelote électorale.

Non, il s'agit d'aller au devant des citoyens, de faire état de leurs revendications, de cerner leurs aspirations en vue de constituer un projet politique qui soit conforme à ce que souhaite l'opinion. On peut parler, si on veut, de cahiers de doléances, même si l'expression n'est pas très adaptée. Je crois que ce type d'initiative n'a jamais été pris dans notre vie politique. Sur quoi va-t-elle déboucher ? Va-t-elle réussir ? Je n'en sais rien, Macron non plus. Mais il n'est pas besoin d'espérer pour entreprendre. Et puis, nous n'avons pas d'autre issue que tenter quelque chose de neuf, tant les partis politiques classiques sont désertés et discrédités.

Alors, si vous entendez dring dring ou toc toc, allez ouvrir, vous me verrez peut-être , ou un autre marcheur (Emmanuel Macron, je ne vous promets pas, même s'il n'y a pas loin d'Amiens à Saint-Quentin). Nous ne referons pas le monde : la chose a déjà été essayée et a dramatiquement foiré. Nous ne resterons pas entre nous, comme place de la République à Paris. Mais nous essaierons, plus modestement, d'aller vers ceux qui ne partagent pas nos idées, qui en sont parfois très loin (je pense aux électeurs du FN), mais qui ont quelque chose à dire. Parce que c'est ça, en définitive, la politique : discuter avec ceux qui ont quelque chose à dire et voir après ce qu'on peut en faire. En marche !