mardi 1 août 2017

lundi 31 juillet 2017

La morale ou la liberté ?



La bourse ou la vie ? La chandelle ou la bougie ? La canne ou le parapluie ? La morale ou la liberté ? Les malins et les philosophes vous diront qu'on peut concilier les deux. De fait, nous savons qu'il n'en est rien, que la morale et la liberté, par exemple, ne vont pas ensemble. Jack Lang en a fait malgré lui l'expérience aujourd'hui, invité de la matinale de France Inter. Le journaliste lui a demandé ce qu'il pensait de l'amende du CSA sanctionnant l'animateur de M6 Cyril Hanouna, accusé d'une séquence homophobe. Embarras de l'ancien ministre : va-t-il défendre la liberté ou bien se ranger du côté de la morale ?

Jack Lang commence par prendre ses précautions. Il reconnaît à Hanouna son énergie, son "talent", mais son sketch sur les homosexuels est contestable du point de vue de la "morale". Aïe ! Jack a prononcé deux mots sur lesquels le journaliste va rebondir. Aujourd'hui, il est convenu qu'on peut penser tout ce qu'on veut, mais il faut faire attention à tout ce qu'on dit. "Talentueux", Hanouna ? Mais alors, n'est-ce pas une façon de l'exonérer de ses fautes ? Et puis, si l'animateur contrevient à la "morale", c'est qu'il agit mal et mérite condamnation ? Alors, la morale ou la liberté ?

Encore plus embarrassé, Jack Lang a fait ce que fait rarement un homme public interrogé en direct : il a récusé un mot qu'il venait d'employer, quelques minutes plus tôt. "Morale" ? Non, le terme ne lui convient pas. Il n'y a pas à soumettre les émissions de télévision, quoi qu'on en pense, à une quelconque "morale". Ce qu'on sent, à écouter Lang, c'est qu'il trouve excessive, injuste la décision du CSA, qu'Hanouna est sans doute vulgaire, gamin, éventuellement détestable mais pas homophobe, que sa déconne sur les homos aurait pu frapper n'importe qui d'autres, que la liberté ne se partage pas. En revanche, du point de vue de la "morale", qui repose d'abord sur le respect, Cyril Hanouna est indéfendable : il s'est montré ouvertement irrespectueux envers une catégorie de la population qui a subi à travers l'histoire et subi encore de multiples discriminations à cause de son orientation sexuelle.

Mais Lang est prudent, sensible à l'air du temps qui porte plus à la morale qu'à la liberté : il n'ose pas exprimer directement son point de vue. Comme c'est un malin, un politique, il a trouvé un subterfuge, un coupe-feu : s'en prendre à Canal+ pour le non versement des droits d'auteurs, que le CSA devrait sanctionner. Ouf ! le journaliste ne le relance pas sur Hanouna.

Et vous, qu'en dites-vous ? La bourse ou la vie ? La chandelle ou la bougie ? La canne ou le parapluie ? La morale ou la liberté ?

dimanche 30 juillet 2017

Consultation en ligne



L'édition de vendredi dernier du Courrier picard a eu une bonne idée : retourner voir les candidats aux dernières législatives dans notre circonscription pour savoir ce qu'ils sont devenus et ce qu'ils comptent faire maintenant. C'est important : viennent-ils quémander nos voix au moment de l'élection, puis silence radio jusqu'au prochain scrutin ? Ou bien sont-ils investis dans la durée, soucieux de suivre les électeurs et de préparer une prochaine échéance ?

Ce qui m'intéresse dans l'exercice, c'est sa spontanéité : le candidat est appelé, on l'interroge, il répond tout de suite. Pas le temps de préparer un discours, aucun élément de langage : la vérité toute crue ! A Saint-Quentin comme ailleurs, les politiques le savent et le redoutent : ils préfèrent connaître d'avance la question du journaliste et mitonner une réponse aux petits oignons. C'est pourquoi il arrive que leur téléphone reste silencieux à l'appel de la presse, qui devra se contenter de préciser que les concernés sont mystérieusement "injoignables". Pour des responsables qui vivent en permanence avec leur portable, qui couchent même avec, ça la fiche mal et ça ne trompe personne.

Ceux qui se risquent à se confier le feront souvent tout en retenue, en demi-teintes : la sincérité n'est pas la vertu la mieux portée en politique. Fort heureusement, le docteur Freud nous a appris que l'inconscient s'exprime malgré nous, que le refoulé finit par percer, que les lapsus révélateurs et actes manqués traduisent ce qu'on n'ose dire ouvertement, pourvu qu'on sache les décrypter à travers les paroles. C'est ce petit travail auquel je vais me livrer, une consultation en ligne en quelque sorte, à partir des déclarations au Courrier picard, bien que n'étant pas le psy de la classe politique locale.

Corinne Bécourt (PCF rebelle) : "Nous voulions faire entendre notre voix, nous ne laissons pas notre place". Mais ne pas laisser sa place à qui ? A la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon bien sûr, que Corinne déteste. Au PCF officiel, que Corinne déteste encore plus, demandant la démission de son secrétaire national, Pierre Laurent, critiquant sévèrement son candidat local, Michel Magniez (EELV, soutenu par le PCF).

Karl Pincherelle (PS) : comme il travaille à Bruxelles auprès d'un député européen, la question est de savoir si on le reverra à Saint-Quentin. Réponse : oui, il assurera une "petite présence". Traduction : il ne sera quasiment jamais là. Et pour les municipales ? "Je ne peux pas dire que j'y pense, mais on y pense". Beaucoup de pensées, dans tout ça. Mais pour dire quoi ? Il ne pense pas personnellement aux élections locales, mais on y pense pour lui, je suppose. C'est sans doute ce qu'on appelle l'intelligence collective, peut-être même l'intelligence artificielle, très à la mode depuis quelques années.

Paul Gironde (MoDem et LREM, non officiel) : "J'ai été très déçu et très mécontent", évidemment de n'avoir pas été validé par les instances de ces deux mouvements. "L'objectif d'En Marche ! à Saint-Quentin, ce sont les municipales". Mais oui, Paul, on y sera, officiellement cette fois, d'une façon ou d'une autre. Reste à savoir laquelle ...

Michel Magniez (EELV) : "Il faut d'abord tirer le bilan de ces dernières élections". Oui, mais lesquelles ? En ce qui me concerne, je demande, pour la gauche locale, ce bilan depuis une dizaine d'années. Il n'est jamais fait. Ou s'il est fait, il ne porte pas à conséquence, et c'est comme s'il n'était pas fait. Bilan rétroactif donc, avec d'importants arriérés : y'a du boulot, Michel !

Jean-Christophe Seube (DLF) : "Je n'ai pas fait un gros score mais je n'étais pas le dernier". Voilà qui dément toutes les accusations d'ambition forcenée qu'on prête à notre classe politique. Mais après tout, être le premier parmi les tout derniers, c'est déjà quelque chose.

Antonio Ribeiro (Front démocrate et écologique) : pour les municipales, "nous y pensons, mais rien n'est défini". Encore un qui "pense", avec du nous et pas du je, comme Pincherelle. Mais chez lui, rien n'est "défini". Traduction : il n'en sait rien, il attend de voir. Car la pensée consiste à "définir" rigoureusement ce qu'on va faire.

Belaïdi Lograda (sans étiquette) : "Tant que je ne vois pas de changement, je serai candidat". C'est une réponse ouverte, prompte à deux interprétations : avec Macron, il y a du changement, donc Lograda ne sera plus jamais candidat. Ou bien Lograda pense que le changement, droite ou gauche, n'est jamais à son goût et il sera candidat jusqu'à la fin de ses jours.

Fin de la consultation en ligne, gratuite et perfectible. Merci aux patients involontaires et encore bravo au Courrier picard.

samedi 29 juillet 2017

LREM contre le vieux monde



Durant toute cette semaine, il a beaucoup été question des "couacs" à l'Assemblée nationale : vice-présidente débordée, votes mal organisées, cacophonie générale. La faute à qui ? A la République En Marche, bien sûr ! Ils sont nouveaux, ne savent pas gérer les débats, font n'importe quoi. Ah ! avec les vieux briscards du parlementarisme, qui savaient tout du fonctionnement depuis plusieurs décennies, c'était autre chose : efficacité garantie !

Eh bien non : vive le désordre ! Ou plutôt : vive le nouvel ordre ! Car tout dépend, comme toujours, de quel côté on se place, comment on voit les choses. Je ne parle même pas de l'argument de l'apprentissage : il est évident et donc ne m'intéresse pas. Non, je veux souligner et soutenir le vent de fraîcheur qui souffle sur le Palais-Bourbon. On a ouvert les portes et fenêtres, des novices se sont installés, les pratiques changent : bravo et encore !

L'ordre ancien, c'était des pupitres qui claquent, des bourrins de la politique qui lancent des vannes, des exclamations pour déstabiliser les intervenants, des rappels au règlement pour la forme, de fausses indignations, des oppositions de circonstance, des sorties d'hémicycle pour faire théâtre, des textes qu'on ânonne parce qu'on est incapable de s'exprimer sans notes et qu'on répète ce que le Parti a dit de répéter, des questions orales le jour où les débats sont filmés pour que les électeurs voient leur député à la télé ... Ah ! il était joli, le vieux monde, pas mort mais qui bouge encore : c'est ainsi qu'il faut comprendre les récriminations infondées et polémiques qui se sont abattues sur les députés de la LREM, dont je salue le courage, l'opiniâtreté et l'efficacité face à ce vieux monde qui leur fera plus de crocs-en-jambe que de cadeaux.

Et savez-vous quelle est la raison de fond (car en politique, il faut toujours en revenir au contenu politique, au-delà des gesticulations d'empêchement) ? La loi sur la moralisation de la vie publique. C'est une révolution sur laquelle on n'insiste pas assez. Imaginez un peu : un parlementaire ne pourra plus embaucher des membres de sa famille, le sang n'étant plus le moyen de se constituer d'indéfectibles fidélités. Un parlementaire ne pourra plus disposer d'argent propre à distribuer comme il l'entend (la suppression de la réserve parlementaire). Un parlementaire devra se faire rembourser de ses frais en présentant les justificatifs, comme un vulgaire quidam. De quoi provoquer un scandale et faire hennir le vieux monde !

Le plus drôle, c'est que l'Assemblée nationale, malgré les doutes, les critiques et les résistances sur ce projet de loi, l'a finalement adopté dans une très large majorité. Beaucoup de députés ont crié, mais très peu se sont levés pour voter contre. Après tout, la nuit du 4 août 1789, les représentants de l'aristocratie aux Etats Généraux ont bien voté pour l'abolition de leurs propres privilèges ! C'est là la force immense du macronisme, qui a déjà balayé bien des habitudes anciennes et qui va continuer sa révolution : être en phase avec l'opinion publique, traduire par des décisions politiques les aspirations profondes de la population. Contre ça, le vieux monde ne peut rien et finit par courber l'échine. Au Parlement, les chiens aboient et la caravane macronienne passe, en écrasant tout sur son passage. 

Et pour quel résultat ? Un parlementaire qui ne sera plus ce qu'il était depuis déjà longtemps : une hyper assistante sociale, qu'on sollicite pour des sous, des places ou de menus avantages, dans une totale illusion, puisqu'un député ne peut rien de tout ça, sauf à la marge. Enfin ! la noble fonction de parlementaire est restituée dans sa fonction initiale : faire les lois, et rien que ça. Sous la Révolution française, c'est ainsi qu'on le comprenait, avec raison.

Nos grands ancêtres républicains auraient été stupéfaits de voir un représentant du peuple couper le cordon d'inauguration d'une foire au boudin, se mêler de l'économie locale en se targuant de l'implantation d'une entreprise (dans laquelle il n'y est pour rien le plus souvent), donner un peu d'argent pour un concours de pétanque. On a fait descendre la République bien bas ... Je rêve d'antiquité, d'Athènes et de Rome, comme nos révolutionnaires de 1789 : un parlementaire qui soit ce qu'il devrait être, le législateur de la République, et uniquement ça. Avec Macron, avec En Marche, on y va.

vendredi 28 juillet 2017

Il est 10h12



Quelle heure est-il ? Il est 10h12, samedi dernier. A Saint-Quentin, nous avons quelques belles pendules dans nos lieux publics, pour savoir l'heure qu'il est. Mais celle-là est, à mon goût, la plus belle de toutes, digne de figurer dans un film d'Alfred Hitchcock ou Sergio Leone, deux cinéastes du temps qui passe. Où étais-je, à cette heure, ce samedi matin ? L'œil avisé, fin connaisseur de notre ville, donnera immédiatement la réponse.

jeudi 27 juillet 2017

Un drôle de libéral



Emmanuel Macron est tout autant un drôle de libéral que Bourvil était un drôle de paroissien, dans le film de Jean-Pierre Mocky portant ce titre. Sa première décision de politique industrielle est tombée cet après-midi : nationaliser les chantiers navals STX de Saint-Nazaire ! Bien sûr, ce n'est pas une nationalisation au sens du Programme commun des années 70 : pas d'étatisation, de rachat ou d'expropriation, mais une prise de participation temporaire, en vue de reprendre les négociations avec le groupe italien qui veut s'emparer du site français et obtenir de lui un accord plus satisfaisant. Malgré tout, c'est une mesure qui contredit le libéralisme que ses adversaires imputent à l'actuel gouvernement.

Ce n'est pas une surprise : Emmanuel Macron a toujours défendu, en matière d'économie, un point de vue pragmatique. Son étonnant ni droite ni gauche s'illustre ici parfaitement : ni libéralisme sauvage, ni étatisation autoritaire. Surtout, contre l'idéologie purement libérale, Macron s'est fait, durant la campagne présidentielle, le défenseur d'un Etat stratège, interventionniste quand il le faut. Ce n'était pas chez lui des paroles en l'air : en tant que ministre de l'Economie, il s'était par exemple illustré dans la défense de l'acier français contre les velléités chinoises. On en vient donc à se demander pourquoi ses adversaires l'ont affublé de cette étiquette à leurs yeux infamante, que la réalité dément : libéral.

La nationalisation temporaire est un concept inventé il y a dix ans par un autre drôle de libéral : Dominique Strauss-Kahn ! Le malentendu des antilibéraux est sémantique : il vient de ce qu'il confonde libéralisme et capitalisme (remarquez bien qu'ils se proclament antilibéraux, et pas anticapitalistes). La différence est très simple : le libéralisme est une idéologie qui repose, comme son nom l'indique, sur la liberté, qu'elle érige en absolu. Pour un libéral, on ne peut pas dissocier la démocratie et le marché. Cette école de pensée provient du siècle des Lumières. Locke, Montesquieu ou Condorcet en sont quelques exemples. C'est un courant progressiste, la gauche des origines, devenue social-démocratie de nos jours. L'histoire lui a donné raison : le socialisme autoritaire, qui nie le marché et accorde tout à l'Etat, aura été un échec et une tragédie. La gauche antilibérale n'est qu'un discours, une posture qui se termine dans la tyrannie et dans le sang lorsqu'elle arrive au pouvoir, à Moscou, à Pékin ou à Cuba.

Le capitalisme, lui, n'est pas une idéologie, mais un mode de production économique qui repose sur le profit et qui n'hésite pas à avoir recours à l'Etat quand ça l'arrange (par exemple pour mettre en place des politiques protectionnistes ou pour chasser des concurrents encombrants). Karl Marx explique fort bien comment le capitalisme déteste la concurrence, favorise la concentration, aboutit à la formation de cartels, de trusts. En ce sens-là,  le libéralisme est anticapitaliste : il combat la rente, le monopole, l'héritage, il organise le marché à travers des règles rigoureuses, à l'opposé du laisser aller laisse faire dont on le caricature. On dirait que les antilibéraux, qui mélangent tout, ont étudié l'économie dans Bibi Fricotin. Leur haine de ce qu'ils croient être le libéralisme va jusqu'à ne pas le préférer au fascisme (lui aussi antilibéral), par exemple en refusant de choisir entre Le Pen et Macron au second tour de la présidentielle, ce que n'a jamais osé la gauche républicaine. Etrange, aveugle et dangereuse gauche antilibérale !

Mais ce n'est pas elle qui prendra le pouvoir, ni aujourd'hui, ni demain : l'histoire a tranché en sa défaveur. Les 7 000 emplois de STX, la défense du savoir faire français, la préservation d'un site unique dans la construction de navires militaires, c'est au libéral Emmanuel Macron qu'on le doit. Un drôle de libéral !

mercredi 26 juillet 2017

De Nice à St-Etienne du Rouvray



Si vous regardez les gros titres des quotidiens de ce matin, vous faites ce curieux constat : aucun, à part La Croix, n'évoque la commémoration du Père Jacques Hamel, assassiné il y a un an dans son église par deux islamistes. A la radio, on parle surtout des incendies de forêt et du dernier film de Luc Besson. Bien sûr, la commémoration est relatée, mais secondairement. Si l'on compare avec les cérémonies de même type, pour l'attentat de Nice, la différence de traitement est spectaculaire. Pourtant, égorger un prêtre pendant sa messe, c'est un fait unique en France, tragique, traumatisant. Pourquoi l'impact semble-t-il moindre dans l'opinion qu'un camion fou qui écrase 80 personnes ? Je vois cinq raisons :

1- Notre pays est largement déchristianisé, indifférent et étranger à la religion. En la matière, nous sommes devenus des ignorants. Plus que cela : la religion nous inquiète. L'image du prêtre est communément associée à celle du pédophile. Dans ces conditions, le meurtre d'un homme d'Eglise ne déclenche pas le scandale et l'horreur que nous aurions pu éprouver autrefois.

2- La compassion contemporaine ne s'exerce que lorsqu'elle peut s'identifier aux victimes. Nous aurions tous pu nous retrouver à Nice, un 14 juillet, pour assister au feu d'artifice. Mais qui va s'identifier à un vieux prêtre catholique, faisant sa messe un matin de la semaine, entouré de quatre ou cinq fidèles ? Personne.

3- Notre société est en quête de boucs émissaires à travers ses institutions. A Nice, très vite, la sécurité a été mise en cause, jusqu'à viser la responsabilité du ministre de l'Intérieur. A Saint-Etienne du Rouvray, aucune polémique a suivi la tragédie. Les seuls coupables étaient les assassins. Impossible alors de se délecter dans la recherche morbide d'une vérité impossible, comme c'est souvent le cas dans ce genre d'attentat.

4- Contrairement à ce qu'on a dit, l'amour n'a pas été la seule réponse au carnage de Nice. Le lendemain, une stèle de la haine, au milieu de la chaussée, était érigée à l'aide de mégots, vieux papiers, détritus, sur laquelle les passants venaient cracher, en guise d'exorcisme. Les peluches, les fleurs et les bougies n'ont donc pas été les seules réactions. Surtout, les délits racistes ont notablement augmenté dans la région, lors des semaines qui ont suivi. Enfin, n'oublions pas, en août dernier, la stupéfiante chasse aux burkinis sur les plages du Midi. A Saint-Etienne du Rouvray, c'était exactement l'inverse : réconciliation et pardon, jusqu'à voir se multiplier sur nos écrans la présence de musulmanes voilées au côté des catholiques.

5- Ce matin, à Saint-Etienne du Rouvray, les commémorations se sont déroulées dans les cadres traditionnelles de deux grandes institutions : l'Eglise catholique et l'Etat républicain, l'une se basant sur l'Evangile, l'autre sur la Déclaration des droits de l'homme. Messe d'un côté, cérémonie républicaine de l'autre. A Nice, la ritualisation était inédite, prolixe, parfois surprenante, emprunte d'individualisme et de sentimentalité, sans rapport avec aucune tradition historique, politique ou religieuse. 

Je ne sais pas s'il faut déplorer cette différence et cette inégalité dans le devoir de mémoire. Mais il est intéressant de le remarquer.